« Jefferson en guerre »

Jefferson on war
The Washington Times (États-Unis)

[AUTEUR] Allen Jayne est l’auteur de Jefferson’s Declaration of Independence : Origins, Philosophy, and Theology.

[RESUME] Il n’y a pas d’opposition entre la doctrine des frappes préventives de George W. Bush et la philosophie de pères fondateurs de la Constitution :
Jefferson a expliqué, en se basant sur les écrits de John Locke, qu’aucune nation ne devrait vivre sous la menace d’une autorité despotique niant ses droits.
Saddam Hussein est un despote qui place les USA et tout le Golfe persique sous la menace d’armes de destruction massive.

« La doctrine du "gros bonnet" »

Doctrine Of the ’Big Enchilada’
Washington Post (États-Unis)

[AUTEUR] Max Boot est membre du Council on Foreign Relations et l’auteur de The Savage Wars of Peace : Small Wars and the Rise of American Power.

[RESUME] Tout le monde s’est focalisé sur le fait que la doctrine des frappes préventives permettrait aux États-Unis de frapper quand ils le désireraient n’importe quel État, mais la plupart des commentateurs sont passés à côté d’un de ses éléments les plus importants.
Cette doctrine reprend les théories que Paul Wolfowitz, actuel numéro 2 du Pentagone, avait développé au début des années 90 et que le sénateur Alan Cranston avait alors qualifié sarcastiquement de "doctrine du gros bonnet".
Selon cette théorie, les États-Unis doivent avoir la capacité d’empêcher l’émergence de compétiteurs de leur puissance, c’est-à-dire de contenir tout pays ayant une ambition régionale ou globale. Pour cela, ils doivent maintenir un effort de guerre permanent.
Cela rompt avec la tradition des États-Unis selon laquelle le plein potentiel militaire n’est développe qu’en cas de conflit. Le Japon avait profité de cette faiblesse en 1941.
Cela entraîne deux conséquences :
1) De plus grandes dépenses militaires.
2) Les États-Unis auront les moyens d’agir seul partout dans le monde et ils le feront.

« De la politique et de la vengeance »

Of Politics and Vengeance
Los Angeles Times (États-Unis)

[AUTEUR] Kevin Phillip est l’auteur de Wealth and Democracy : A Political History of the American Rich.

[RESUME] George W. Bush essaye d’effrayer la population américaine en établissant un parallèle entre la menace représentée par Saddam Hussein et celle de Cuba lors de la crise des missiles en 1962. Ces arguments ne prennent pas dans l’opinion publique qui a surtout l’impression que le président essaye de fuir les problèmes économiques internes.
Les citoyens américains aimeraient que la guerre au terrorisme soit efficace et que le gouvernement Bush prenne des mesures contre la crise économique. Ils voient la guerre contre l’Irak comme une vendetta familiale du clan Bush. Il est possible que le président ait à payer le prix de ses propos outranciers sur l’Irak.
Les Américains sont peu habitués au principe de continuité dynastique que la famille Bush est en train d’imposer et ne croient plus à la propagande qu’avait initié Bush père.
Ils savent désormais que l’ambassadeur des États-Unis avait quasiment donné le feu vert de Washington à une invasion du Koweït. Ils ont tous entendu cette histoire selon laquelle Margaret Thatcher aurait conseillé à George Bush père de faire ce qu’elle avait fait elle avec la guerre des Malouines pour être réélu.
Il est dommage que les Démocrates ne puissent pas profiter de cette faille dans leur campagne parce que Bill Clinton avait fait bombarder une usine pharmaceutique au Soudan pour faire oublier l’affaire Lewinski.
Quoi qu’il en soit, le résultat des élections de novembre aux États-Unis dépendra de la réponse que les électeurs américains donneront à cette question : quelle sont les vrais motivations derrière le duel Bush-Hussein ?

« Les évêques osent contester »

Bishops Dare to Dissent
Los Angeles Times (États-Unis)

[AUTEUR] Jack Miles est l’auteur de Christ : A Crisis in the Life of God. Il a récemment été récompensé par le prix du Mac Arthur Fellows Program.

[RESUME] Les catholiques ne sont pas des pacifistes. Ils parlent fréquemment de "guerre juste" et, plus que les protestants, ils ont vu la Guerre froide comme une guerre sainte. Bien que le Vietnam abrite la plus forte communauté catholique d’Asie, les catholiques ont été parmi les derniers à y condamner la guerre.
Pourtant Mgr Wilton D. Gregory, président de la Conférence épiscopale des États-Unis a condamné le projet de guerre en Irak dans une lettre adressée à George W. Bush.
Dans la théorie de la "guerre juste", c’est bien souvent l’efficacité qui prime. L’usage de la force ne doit pas risquer d’engendrer un plus grand mal que ce contre quoi on l’utilise. Mgr Gregory craint qu’une guerre en Irak détourne les États-Unis de la guerre contre le terrorisme et le maintien de l’ordre en Afghanistan.
Mgr Gregory est censé être le chef spirituel d’un habitant des États-Unis sur cinq. Son opposition à une guerre en Irak peut avoir de l’importance, à condition que les catholiques américains lui aient pardonné ses prises de position tardives sur la pédophilie chez les prêtres et lui reconnaissent encore une autorité.

« Les atrocités contre les prisonniers de guerre : une horrible leçon »

POW Atrocities : an Ugly Lesson
Los Angeles Times (États-Unis)

[AUTEUR] Holly J. Burkhalter est directrice de l’association Physicians for Human Rights, lauréate du Prix Nobel de la Paix 1997. Elle est également administratrice de l’US Institute for Peace.

[RESUME] Les États-Unis devraient être plus prudents dans le choix de leurs alliés et leur doctrine militaire devrait prendre en compte les Droits de l’homme.
En Afghanistan, les membres de l’Alliance du Nord ont commis des atrocités contre les prisonniers de guerre Talibans. Ces actes étaient prévisibles, mais les USA ont préféré fermer les yeux.
Aujourd’hui les États-Unis s’apprêtent à attaquer l’Irak en s’appuyant sur les Kurdes et sur les Chiites contre Saddam Hussein et il est indispensable de penser dès maintenant aux conséquences.
Il est nécessaire d’empêcher que les crimes commis en Afghanistan se reproduisent en Irak. Et les États-Unis devraient s’apprêter à juger ceux qui pourraient être quand même commis.

« L’économie du pétrole lubrifie les poussées vers la guerre »

Oil Economics Lubricates Push for War
Los Angeles Times (États-Unis)

[AUTEURS] Thomas Ferguson est professeur de sciences politiques à l’University of Massachusetts à Boston. Robert A. Johnson est ancien directeur de gestion du Soros Funds Management.

[RESUME] Les critiques contre une intervention des États-Unis en Irak affirment que cela déstabiliserait l’économie mondiale. Pourtant, vu que le but de guerre est de renverser Saddam Hussein et de le remplacer par un régime allié des USA, cela aidera l’économie américaine et nous montre que ce pays se moque des conséquences de son action pour le reste du monde.
Depuis 1989, la Russie a fait son retour dans le marché mondial du pétrole et l’Arabie saoudite a lutté pour éviter un effondrement des cours du pétrole en baissant sa production.
Le contrôle du pétrole irakien permettra aux États-Unis de contrebalancer l’influence saoudienne sur ce marché. Un nouveau gouvernement irakien négociera son pétrole exclusivement en dollar et par conséquent la valeur du dollar montera fortement.
Pour tous les autres pays, le fait que le prix du baril de pétrole baissera en dollar sera sans effet puisque le dollar augmentera. Les pays d’Amérique du Sud et de l’Afrique, dont la dette est en dollar, verront leur dette exploser.
Une attaque unilatérale des États-Unis risquera à terme de les opposer, sur les questions économiques, à leurs alliés traditionnels.
Attaquer l’Irak seul est une erreur ; agir seul sur les marchés financiers et sur les marchés pétroliers est pire encore.

« De la confiance à l’escroquerie »

From Truth to Deception
Washington Post (États-Unis)

[AUTEUR] William Kristol est rédacteur en chef de Weekly Standard. Il est président du Project for the New American Century, un groupe néo-conservateur affirmant que les États-Unis ont pour mission de dominer militairement le monde.

[RESUME] Il y a six semaines, l’administration Bush semblait désemparée sur l’Irak, sans le soutien de l’opinion, ni ceux du Congrès et de l’ONU. Aujourd’hui, grâce aux explications claires de la présidence, l’opinion et le Congrès se sont ralliés à la doctrine Bush et le Conseil de sécurité de l’ONU ne tardera pas à le faire à son tour.
Pourtant aujourd’hui le président tergiverse. Ce faisant, il laisse du temps à l’Irak pour se préparer à la guerre. Plus nous attendrons, plus elle sera prête et plus les pertes américaines seront lourdes.
Il n’est plus temps de faire des discours et de débattre, il faut attaquer.

« Un élargissement des oppositions entre les croyances »

Widening the rift of creeds
The Washington Times (États-Unis)

[AUTEUR] Idriss Jazairy est ambassadeur d’Algérie aux États-Unis.

[RESUME] Il ne faut pas réinterpréter l’Histoire à la lumière des événements du 11 septembre comme l’a fait, par deux fois, l’émission de CBS, "Sixty minutes".
Dans une première émission, ayant pour invité le général Paul Aussaresses, il fut affirmé que la torture en Algérie avait été nécessaire car elle avait permis de sauver des vies menacées par les groupes terroristes.
Le fait de désigner le FLN comme un groupe terroriste serait peut-être approprié si le gouvernement français avait été représentatif et élu démocratiquement par tout le peuple vivant en Algérie. Ce n’était pas le cas. Il a été dit que la torture avait permis de sauver des vies. C’est peut-être vrai pour les vies européennes, mais la torture en a moins sauvé qu’elle n’a tué de musulmans.
Dans une autre émission les révérends Jerry Falwell et Franklin Graham ont affirmé que le prophète Mahomet était un terroriste. Cela est basé sur une méconnaissance de l’Islam et de mauvaises interprétations des textes. Cela équivaudrait à juger le christianisme et le judaïsme en prenant comme arguments le texte littéral de l’Ancien testament.
Il faut cesser de juger les croyances et l’Histoire des autres et de souscrire à la théorie du "clash des civilisations".

« La Corée du Nord est le problème »

North Korea is the problem
International Herald Tribune (États-Unis)

[AUTEUR] Robyn Lim est professeur de politique internationale à la Nanzan University, l’université catholique de Nagoya.

[RESUME] La Corée du Nord fait partie, comme l’Iran et l’Irak, de "l’Axe du Mal". Pourtant, alors que le président Bush va attaquer l’Irak, il a envoyé un représentant de son gouvernement à Pyongyang.
Néanmoins, il est avéré, avec encore bien plus de certitude que pour l’Irak, que la Corée du Nord développe des armes de destructions massive et dispose d’un programme nucléaire avancé.
La prudence des États-Unis s’explique par les liens qui unissent la Corée du Nord avec la Chine et les pays voisins.
La stratégie de la Corée du Nord consiste à rassurer ses voisins japonais et coréens du Sud sur ses intentions. Toutefois, ce n’est pas un pays dans lequel on peut avoir confiance et il faut espérer que l’intérêt des États-Unis pour l’Irak ne les détournera pas de ce danger.
Pour faire face à ce problème, il aurait été préférable que les Coréens du Sud aient élu les conservateurs, plus hostiles à la Corée du Nord, en décembre dernier.

« Le Hezbollah distille sa haine en lien avec des Américains »

Hezbollah Hate With a U.S. Link
Los Angeles Times (États-Unis)

[AUTEUR] Avi Jorisch est membre du Washington Institute for Near East Policy, une organisation qui mène campagne contre les personnalités pro-Arabes aux USA.

[RESUME] Al Manar est la télévision du Hezbollah au Liban. Elle sert à ce mouvement à développer sa guerre psychologique contre "l’ennemi sioniste". Ces programmes soutiennent les terroristes kamikazes, encouragent les Palestiniens à tuer des juifs et incitent les Arabes à attaquer les États-Unis.
Le plus choquant sur cette chaîne n’est pas son discours mais le fait qu’une bonne part de ses revenus viennent de la publicité que font sur ses ondes les plus grandes entreprises américaines, dont Coca-Cola et Pepsi-Cola.
C’est une attitude aussi choquante qu’illégale, car cela équivaut à un soutien financier à un groupe terroriste. Le gouvernement des États-Unis doit faire pression pour que ces publicités cessent ou engager des actions judiciaires contre ces entreprises.

« Pris dans l’étreinte de la guerre »

Locked in War’s Embrace
Los Angeles Times (États-Unis)

[AUTEUR] Amy Wilentz est journaliste et auteur de Martyrs’ Crossing : A Novel.

[RESUME] Ariel Sharon veut détruire l’Autorité palestinienne et il considère qu’Israël est engagé dans une guerre sans fin contre les Arabes. Dans cette optique, il envisage le nettoyage ethnique de la Palestine et il veut pousser les Palestiniens à l’exil.
Toutes les attaques du Hamas sont un prétexte pour mettre en œuvre sa politique et attaquer l’Autorité palestinienne et les civils de ces zones. Dans le même temps, la maison du Sheik Ahmed Yassin, chef du Hamas, dont l’emplacement est connu de tous n’est jamais attaquée, ce qui est normal car le Hamas et Sharon ont un but commun : la destruction de tout le processus de paix.
Le Premier ministre israélien pense qu’une fois qu’il aura détruit l’Autorité palestinienne, le Hamas ne lui servira plus à rien et il n’aura aucune difficulté à venir à bout de cet adversaire sans légitimité internationale et sans alliés à l’Ouest.
Sharon oublie un peu vite que la politique des États-Unis et la sienne sont en train de créer une réelle solidarité entre les Arabes et qu’elle entraînera un soutien des pays arabes à tout mouvement qui défend les Palestiniens, y compris le Hamas. La seule chance pour Israël sur le long terme est de renouer le dialogue avec les Palestiniens et de changer de gouvernement.