« Un combat à l’ancienne »

An Old-Fashioned Fight
Los Angeles Times (États-Unis)

[AUTEUR] William M. Arkin est analyste en questions militaires, rédacteur du site internet The U.S. Military Online.

[RESUME] La guerre en Irak est perçue par Donald Rumsfeld comme un moyen d’expérimenter les armes les plus sophistiquées et d’adapter les stratégies militaires à ce nouvel armement. Toutefois, Rumsfeld a dû se ranger à des conceptions plus traditionnelles : l’offensive proprement dite sera réalisée par des tanks, de l’artillerie lourde et une infanterie lourdement équipée.
Après six ou sept jours de bombardements intensifs, plus de 200 000 soldats et marines pénètreront en Irak en provenance du Koweït. Ils prendront les régions du Sud et ses puits de pétrole, puis l’armée se dirigera en direction du Nord et de Bagdad. Selon ce plan, la grande bataille aura lieu au Sud de Bagdad contre la garde républicaine de Saddam Hussein qui aura été largement bombardée au préalable et qui ne devrait plus être en mesure de résister. Les États-Unis comptent également beaucoup sur les défections dans l’armée irakienne et le soulèvement de forces d’opposition armées à Saddam Hussein.
Rumsfeld a dû s’incliner devant l’establishment militaire et céder sur les orientations stratégiques. L’état-major états-unien considère que les négociations à l’ONU et les inspections lui ont laissé le temps de tout mettre en place et de terminer les préparatifs de guerre qui ont commencé peu après les attentats du 11 septembre. À l’époque, le commandement central tablait sur un déploiement de 350 000 hommes puis, après la guerre en Afghanistan, cette force théorique a été réduite à 250 000 hommes appuyés de l’intérieur par des troupes de l’Iraqi National Congress et du Kurdistan. Rumsfeld pensait, pour sa part, à un déploiement beaucoup plus restreint encore, mais dont la puissance aurait été décuplée par des armements sophistiqués.
Compte tenu de la volonté de conserver un État unitaire en Irak et de protéger l’infrastructure pétrolière, la Maison-Blanche a tranché en faveur d’une stratégie traditionnelle. Elle a fixé trois objectifs prioritaire :
- Empêcher l’utilisation des armes de destruction massive.
- Renverser Saddam Hussein.
- Créer les conditions nécessaires à la mise en place d’un gouvernement démocratique de l’Irak après l’invasion.
L’aviation n’aura qu’une semaine, avec 500 sorties par jour, pour préparer le terrain et se concentrera sur les installations militaires et les centres de lancements supposés d’armes de destruction massive ; les puits de pétrole seront préservés.
Si les bombardements échouent, la bataille finale aura lieu à Bagdad, le seul lieu d’Irak où Saddam Hussein conserve l’avantage.

« Le rôle de la Grande-Bretagne dans la guerre à venir diminue de jour en jour »

Britain’s role in the coming war is diminishing by the day
The Daily Telegraph (Royaume-Uni)

[AUTEUR] Concepteur d’une théorie originale des relations internationales qui affirme la prééminence de la géoéconomie sur la géopolitique, Edward N. Luttwak est membre du National Security Study Group du département de la Défense des États-Unis. Il est également membre du Center for Strategic and International Studies.

[RESUME] Alors qu’une invasion de l’Irak est de plus en plus envisageable, le rôle que pourrait y jouer le Royaume-Uni diminue.
Le plan initialement prévu par Donald Rumsfeld, s’appuyait sur des forces rapides et peu nombreuses et accordait une grande importance aux commandos britanniques qui disposent d’un savoir-faire particulier.
Le plan actuel prévoit le retour à la stratégie classique américaine : une grosse armée lente. Du coup l’aide britannique n’est plus indispensable.
En effet, l’état-major états-unien s’est opposé au plan du secrétaire à la Défense. Il a persuadé des élus au Congrès que la population ne se soulèverait peut-être pas contre Saddam Hussein, voire qu’elle résisterait aux forces US. Des généraux en retraite ont plaidé pour un déploiement de troupes au sol plus important. Ils ont présenté l’armée irakienne comme plus forte et mieux équipée que ne le disent les analystes du Pentagone et ont affirmé que Bagdad devrait sans doute être prise rue par rue. Les chefs d’état-major sont parvenus à faire prévaloir leur point de vue en utilisant les délais imposés par le Conseil de sécurité de l’ONU. En définitive donc, les troupes au sol pourraient atteindre 250 000 hommes sans participation britannique.

« La guerre ? Non »

La guerre ? Non
Le Monde (France)

[AUTEUR] Laurent Fabius est ancien Premier ministre français socialiste (1984-1986), ancien président de l’Assemblée Nationale (1988-1992 et 1997-2000), ancien ministre de l’Économie, des finances et de l’industrie (2000-2002). Il est député et membre de la Commission des affaires étrangères.

[RESUME] Nous ne devons pas nous engager dans l’aventure irakienne. L’Irak est certes une dictature criminelle, mais il en existe d’autres à qui nous ne faisons pas la guerre.
La résolution 1441 a pour but d’empêcher l’Irak de demeurer un danger pour la communauté internationale. Mais, jusqu’à présent, rien ne vient démontrer que l’Irak détient ou cache des armes de destruction massive. Il existe bien d’autres considérations pour partir en guerre, mais nous n’allons pas nous engager militairement pour que les États-Unis aient un meilleur contrôle du marché du pétrole, au prix d’une déstabilisation de la région qui entraînera une poussée de l’anti-américanisme, voire de l’anti-occidentalisme, et qui comporte des risques économiques massifs.
De plus, le schéma ultérieur au Proche-Orient, tel quel le décrivent les États-Unis, n’est pas clair. On nous parle de l’avenir de l’Irak, de l’Arabie saoudite, de la Syrie ou encore de l’Iran, mais on reste dans l’expectative sur le conflit israélo-palestinien, pourtant essentiel, et on oublie Al Qaïda qui existe toujours.
Il faut contrer l’argument des partisans de la guerre qui décrivent les tenants de la paix comme des défenseurs du statu quo. Il faut proposer des solutions alternatives à la guerre pour transformer le régime irakien par la diplomatie. Pour l’instant la France se contente de répéter que la solution appartient à l’ONU, semblant oublier qu’elle y joue un rôle majeur.
Nous devons nous y faire entendre et ne pas permettre la victoire d’une décision unilatérale qui utiliserait l’ONU afin d’apparaître comme une position multilatérale. Après consultation et vote du Parlement, la France doit prendre ses responsabilités.

« Saddam, Lockerbie, Ben Laden et la paix »

On Saddam, Lockerbie, Bin Laden And Peace
Washington Post (États-Unis)

[AUTEUR] Le colonel Mouammar El-Kadhafi est président de la Libye depuis 1969. Ce résumé rend compte d’une interview qu’il a accordé au Washington Post.

[RESUME] La Libye n’est pas un État terroriste et n’est pas impliquée dans l’attentat de Lockerbie. Les États-Unis ont exigé la reconnaissance de la responsabilité libyienne dans cet attentat et l’indemnisation des victimes. Ils en ont fait l’une des cinq conditions à la levée des sanctions, mais Tripoli n’avouera pas un crime qu’il n’a pas commis. Ce sont les États-Unis qui devraient verser des indemnités pour leur bombardement contre la Libye en 1986.
Je ne suis pas un terroriste et je n’ai jamais soutenu le terrorisme. J’ai soutenu des mouvements de libération et de résistance, comme ceux de Nelson Mandela, de Sam Nujomo ou l’OLP. Des mouvements qui sont aujourd’hui reçus avec les honneurs à la Maison-Blanche alors que je suis encore traité comme un terroriste. Aujourd’hui, pourtant, nous sommes en train d’établir une coopération entre les services de renseignements libyens et états-uniens pour combattre Al Qaïda.
Contrairement, à ce qu’affirment Israël et les États-Unis, la Libye n’a pas d’armes de destruction massive et nous n’avons pas de partenariat avec Saddam Hussein sur ce point. Je n’ai pas de bons rapports avec Saddam Hussein parce qu’il a envahi le Koweït et a attaqué l’Iran, mais il ne représente pas une menace, contrairement à ce que prétendent les États-Unis. Son pays va être injustement écrasé et il ne le quittera pas pour autant.
En ce qui concerne Israël, j’estime que la solution des deux États n’est pas bonne. Il ne peut pas y avoir deux États sur un même territoire et les juifs et les Palestiniens sont un même peuple devant vivre dans le même État avec les mêmes droits.
Aujourd’hui je suis optimiste pour mon pays car les entreprises américaines veulent investir en Libye et veulent que leur gouvernement lève les sanctions, le temps de la paix est venu.

« En finir avec le battage sur l’énergie de la mer Caspienne »

Dispelling the Caspian Energy Hype
The Moscow Times (Russie)

[AUTEUR] Ian Bremmer est président d’Eurasia Group est membre du World Policy Institute. Edward L. Morse est ancien assistant du vice secrétaire d’État pour la politique énergétique international.

[RESUME] Au cours des dix dernières années, le développement de la production énergétique de la Mer Caspienne et l’indépendance des États du Caucase ont représenté un enjeu central de la politique états-unienne en Eurasie. On aurait pu penser que les attentats du 11 septembre et les tensions diplomatiques avec l’Arabie saoudite auraient encore renforcé cette tendance, il n’en a rien été. Washington a même perdu une bonne part de son intérêt dans la région pour plusieurs raisons :
-  Les projets de pipeline sur lesquels la Russie et les États-Unis s’opposaient ont finalement été construits tous les deux.
-  En raison de la guerre au terrorisme, l’attention des États-Unis est désormais centrée sur les questions de sécurité. Les États-Unis sont donc plus attentifs à leurs alliés stratégiques dans la région qu’à l’Azerbaïdjan et au Kazakhstan malgré leurs richesses en gaz et en pétrole.
-  Les risques politiques sont grands au Kazakhstan. Sa situation politique a empiré et le spectre des nationalisations est réapparu.
-  Les tarifs des pipelines sont trop élevés.
-  Le partenariat américano-russe s’est renouvelé et l’intérêt pour les réserves de la Sibérie a remplacé celui pour le Caucase.

« La Corée du Nord, une plus grande menace que l’Irak »

La Corée du Nord, une plus grande menace que l’Irak
Le Figaro (France)

[AUTEUR] Madeleine K. Albright est ancienne secrétaire d’État états-unienne sous l’administration Clinton (1997-2001) et ancienne ambassadrice à l’ONU (1993-1997). Elle s’était rendue à Pyongyang en 2000 pour rencontrer Kim Jong Il. Ce résumé est extrait d’une interview publiée par Le Figaro traduite du journal états-unien Global Viewpoint et réalisée par Nathan Gardels, rédacteur en chef de celui-ci.

[RESUME] La crise actuelle avec la Corée du Nord est une conséquence des actions des deux partis : Pyongyang a repris en secret son programme nucléaire et l’administration Bush n’a pas poursuivi les efforts que nous avions entrepris.
Il est difficile de savoir ce que veut Kim Jon Il, mais il est probable qu’il recherche surtout une reconnaissance par les États-Unis et un pacte de non-agression, vers lesquels la déclaration Albright-Jo du 12 octobre 2000 était un premier pas. Nous devons prendre le chemin d’un accord de non-agression, la Corée du Nord doit démanteler son programme nucléaire, accepter plus d’inspections encore qu’avant. Les États-Unis, la Corée du Sud et le Japon doivent reprendre les livraisons de pétrole et l’aide alimentaire.
Nous ne souhaitons pas que la Chine devienne le gendarme de l’Asie et nous voulons éviter une course aux armements dans ce continent, c’est pourquoi l’administration Bush doit s’impliquer dans les discussions.
Bush doit prendre conscience que Pyongyang est bien plus dangereuse que Bagdad. Pour Bush, l’ordre des objectifs est Irak-Al Qaïda-Corée du Nord ; cela doit être un peu confus dans sa tête car il a inversé les priorités. Aujourd’hui le président a repris la politique de Clinton, mais nous avons perdu deux ans pour rien.

« Couper les canaux qui alimentent les rêves nucléaires de Pyongyang »

Cut Supply Lines That Fuel Pyongyang’s Nuclear Dreams
Los Angeles Times (États-Unis)

[AUTEURS] Mansoor Ijaz, états-unien d’origine pakistanaise, est président et fondateur de la société internationale de gestion de portefeuille, Crescent Partnerships à New York. Il y est associé au général James Abrahamson, ancien directeur du Strategic Defense Initiative sous Reagan, et gère des patrimoines et des investissements en Europe et en Turquie. En 1997, il a négocié l’offre de lutte anti-terroriste de l’administration Clinton vis-à-vis du Soudan, puis le cessez-le-feu entre les groupes musulmans et le gouvernement indien au Cachemire, en 2000. Il est membre du Council on Foreign Relations et analyste sur les questions de relations internationales et de terrorisme pour Fox News Network. James Woolsey est avocat d’affaires, ancien directeur de la CIA (1993-1995) et fondateur de la Foundation for the Defense of Democracies, un think tank néo-conservateur créé après le 11 septembre. Il est administrateur du Center for Strategic and International Studies et conseiller de l’opposition irakienne.

[RESUME] Si une politique d’endiguement contre la Corée du Nord n’est pas mise en place, les armes nucléaires nord-coréennes peuvent devenir le cauchemar récurrent des États-Unis et de leurs alliés. La politique actuelle peut empêcher Kim Jong Il d’atteindre ses objectifs sur le court terme, mais elle n’est pas suffisante sur le long terme. Elle apparaît au monde comme une négociation entre les États-Unis et un État terroriste.
Une attaque militaire contre la Corée du Nord entraînerait sans doute des représailles contre la Corée du Sud et le Japon et n’est donc pas souhaitable non plus. En outre, vue l’état de délabrement de son économie, Pyongyang n’a plus rien à craindre de sanctions économiques.
Il faut développer une autre approche. Le Japon, l’Australie, la Corée du Sud et la Russie doivent négocier une aide alimentaire et énergétique avec la Corée du Nord en échange de l’arrêt du programme nucléaire, alors que les États-Unis doivent empêcher des pays comme la Chine et le Pakistan de fournir à Kim Jong Il du matériel pouvant servir à construire des armes nucléaires.
Il faut rappeler à Pékin que la nucléarisation de la Corée du Nord entraînerait celle de la Corée du Sud et du Japon. Le cas du Pakistan est plus ennuyeux car, malgré les preuves fournies par différents services de renseignements, le pays continue de nier ses exportations de matériels vers la Corée du Nord. L’administration Bush doit donc pousser son allié à reconnaître l’étendue et la nature de l’assistance d’Islamabad à Pyongyang et menacer de cesser de l’aider financièrement si ces exportations se poursuivent.