« Le libre-échange n’est pas que pour les riches »

Free trade is not only for the rich
The Independant (Royaume-Uni)

[AUTEUR] Luiz Inacio « Lula » da Silva est président de la république du Brésil et ancien syndicaliste. Cette tribune est extraite d’un discours sur le développement économique mondial lu au Forum économique mondial de Davos.

[RESUME] A Davos, il n’y a qu’un dieu : le marché. Il faut cependant se souvenir que le marché doit avoir pour base la liberté et la sécurité des citoyens et qu’il ne peut pas y avoir de libre-échange sans réciprocité.
Nous voulons transformer le Brésil économiquement et politiquement, mais nous ne pouvons y parvenir sans une transformation importante de l’ordre économique mondial. Cela passe par une modification des pratiques de sorte que, désormais, le libre-échange ne signifie plus que les pays pauvres sont ouverts aux importations étrangères pendant que les pays riches prennent des mesures protectionnistes. Ouvrir réellement les frontières n’est pas qu’un acte généreux, c’est un acte intelligent, profitable à tous sur le long terme.
J’invite tous ceux qui sont présents à Davos à voir le monde différemment : il faut que les pays pauvres soient traités en terme égaux des pays riches. Nous ne voulons plus voir les milliards d’habitants de ces pays en marge des avancées technologiques et scientifiques.

« Le changement de régime en Irak n’est pas optionnel »

Regime change in Iraq isn’t optional
International Herald Tribune (États-Unis)

[AUTEUR] Carl Bildt est ancien Premier ministre de Suède (1991-1994) et ancien envoyé spécial du secrétariat général de l’ONU pour les Balkans (1999-2001). Il est membre des conseils d’administration du Center for European Reform à Londres et de la Rand Corporation aux États-Unis.

[RESUME] L’appréhension face à la guerre est normale, tout comme il est normal que le monde cherche une alternative au conflit pour régler le problème irakien. Toutefois, il ne faut en aucun cas, revenir en arrière.
La politique menée depuis la fin de la guerre du Golfe est un échec pour la population irakienne et la communauté internationale. En effet, les sanctions ont renforcé le soutien de la population à Saddam Hussein tout en détruisant les fondations sur lesquelles la reconstruction du pays libéré de la dictature aurait pu s’appuyer. Cette politique a également appauvri les pays voisins, tels la Turquie et la Jordanie, qui n’ont plus pu commercer avec l’Irak. Dans le même temps, les zones d’exclusions aériennes n’ont pas empêché la répression au Sud et n’ont fait que générer un proto-État au Nord.
Cette politique a échoué, mais le maintien de Saddam Hussein au pouvoir en Irak ne laisse pas la possibilité de lever les sanctions. Il faut donc impérativement renverser le régime en place et, s’il n’y a pas d’autres moyens, il faudra passer par la guerre pour obtenir le départ du président irakien. Si nous voulons vraiment éviter la guerre, il faut que les pays voisins s’investissent dans le changement de régime en Irak et obtienne son renversement pacifiquement grâce à leur poids dans la société civile irakienne. Dès que le régime aura changé, la reconstruction du pays sera organisée par les pays voisins, mais également par l’ensemble de la communauté internationale.

« Les preuves pour justifier la guerre sont nombreuses »

Evidence to Justify War Is Plentiful
Los Angeles Times (États-Unis)

[AUTEURS] Mansoor Ijaz, États-unien d’origine pakistanaise, est président et fondateur de la société internationale de gestion de portefeuille, Crescent Partnerships à New York. Il y est associé au général James Abrahamson, ancien directeur du Strategic Defense Initiative sous Reagan, et gère des patrimoines et des investissements en Europe et en Turquie. En 1997, il a négocié l’offre de lutte anti-terroriste de l’administration Clinton vis-à-vis du Soudan, puis le cessez-le-feu entre les groupes musulmans et le gouvernement indien au Cachemire, en 2000. Il est membre du Council on Foreign Relations et analyste sur les questions de relations internationales et de terrorisme pour Fox News Network. Tim Trevan est ancien inspecteur britannique de l’ONU en Irak, expert en armement biologique. Il est l’auteur de Saddam’s Secrets-The Hunt for Iraq’s Hidden Weapons.

[RESUME] Le dossier en faveur du renversement de Saddam Hussein ne pourrait pas être plus clair et il est évident que l’Irak développe des armes de destruction massive chimiques et biologiques et que Saddam Hussein est en lien avec Al Qaïda.
Depuis le départ des inspecteurs en 1998, le dictateur irakien a reconstruit son système de production d’armes chimiques et biologiques. De 1998 à 2001, il a reçu d’un exportateur indien par le biais de société écran en Jordanie et à Dubaï de quoi produire des propulseurs de missile et des gaz de combats. Les services de renseignements dans la région indiquent par ailleurs que les cellules d’Al Qaïda à Dubaï ont peut-être financé ces opérations d’approvisionnement secrètement.
De plus, on sait qu’un dirigeant d’Al Qaïda a été soigné en Irak après les bombardements en Afghanistan et qu’Abu Musab Zarqawi, qui a organisé l’assassinat du diplomate Laurence Foley est en Irak. Zarqawi est le numéro 3 d’Al Qaïda et un expert en armes chimique et biologique. Il aide actuellement Saddam Hussein à combattre les Kurdes dans le Nord de l’Irak et produit de la ricine pour les cellules londoniennes d’Al Qaïda.
L’Irak et Al Qaïda travaillent ensemble : Saddam Hussein produit des armes que Ben Laden confie à ses maniaques homicides pour qu’ils les répandent dans le reste du monde. La guerre en Irak est donc sans doute l’étape la plus importante dans la guerre au terrorisme.

« Irak : la paix est possible »

Irak : la paix est possible
Libération (France)

[AUTEURS] Arielle Denis est écrivain et préside le Mouvement de la paix. Willy Pelletier est sociologue et coordinateur général de la Fondation Copernic. Pierre Tartakowski est journaliste et fondateur d’ATTAC. Ils coordonnent le collectif des 42 associations, syndicats et partis politiques Non à la guerre contre l’Irak. Justice-Paix-Démocratie au Moyen-Orient et dans le monde.

[RESUME] Bien que Washington ait accepté de donner un délai supplémentaire aux inspecteurs, la résolution du Conseil de sécurité ne semble être, pour l’administration Bush, que la mise en forme diplomatique d’une guerre décidée depuis longtemps. Il est cependant encore possible de faire reculer les États-Unis grâce à la mobilisation qui se développe partout dans le monde, y compris aux États-Unis.
Dire non à la guerre, ce n’est pas soutenir Saddam Hussein, dont nous n’ignorons pas les atteintes constantes aux droits de l’homme, c’est simplement refuser que les populations irakiennes paient le prix de la baisse du cours du pétrole et de la croissance américaine. Chacun sait que cette guerre vise à garantir un pétrole bon marché grâce à l’accroissement de la production par un gouvernement irakien allié. Cette guerre a également pour les États-Unis des enjeux internes qui engagent à l’action militaire une administration Bush composée de dirigeants pétroliers et de cadres militaro-industriels. En effet, la guerre a permis de relancer l’idée du bouclier anti-missile malgré les réticences européennes et de gagner les élections de novembre malgré l’accumulation de sujets gênants pour les Républicains.
Dire non à la guerre n’a rien à voir non plus avec l’antiaméricanisme, c’est uniquement refuser que des civils soient sacrifiés sur l’autel de la réélection de Bush. Nous n’acceptons pas non plus qu’une administration unilatéraliste ayant refusé la Cour criminelle internationale, différents traités de désarmement, le protocole de Kyoto et boycotté la conférence de Johannesburg s’arroge aujourd’hui le droit de revendiquer le monopole de la violence légitime internationale.
George W. Bush veut renverser le régime irakien, sans qu’on sache bien ce qui arrivera dans ce pays par la suite, ce qui est contraire à la Charte de l’ONU et crée un dangereux précédent. De plus, la guerre déstabilisera la région et provoquera une recrudescence du terrorisme. Plutôt que la guerre, il faut relancer les processus de désarmement mondiaux et régionaux et assurer une paix juste et durable entre Israéliens et Palestiniens. Jusqu’ici, la politique menée n’a rien fait avancer : l’embargo n’a fait que renforcer Saddam Hussein et la lutte contre le terrorisme n’est pas efficace faute de transparence dans les circuits financiers.
Cette guerre va coûter 20 à 30 milliards de dollars, qui seraient bien mieux employés à régler les nombreux drames humanitaires, source de la violence.

« L’ONU donne une mauvaise réputation à l’hypocrisie »

The UN gives hypocrisy a bad name
Jerusalem Post (Israël)

[AUTEUR] Shlomo Avineri est professeur de sciences politiques de l’Université hébraïque de Jérusalem. Il est ancien directeur général du ministère des affaires étrangères israélien.

[RESUME] La récente élection de la Libye à la tête de la Commission des Droits de l’homme de l’ONU est la farce du millénaire. Cette élection est tout à fait légale. Elle est le résultat du système tournant des présidences de commissions. L’Afrique a proposé la candidature de la Libye, qui a été acceptée ; seuls les États-Unis et le Canada votant contre et les Européens s’abstenant honteusement. Ce choix montre la déroute morale de l’ONU.
La Libye est une tyrannie totalitaire et fondamentaliste dont le dirigeant Mouamar Kadhafi combine comportement imprévisible, politiques extrémistes et soutien aux terroristes, comme l’IRA ou des mouvements palestiniens. La Libye subit d’ailleurs toujours des sanctions de l’ONU pour son implication dans l’attentat contre le vol de la PanAm au-dessus de Lockerbie.
Dans les années 90, le rôle de l’ONU s’est érodé en raison de son incapacité à résoudre les drames bosniaque et rwandais. Cette élection à la tête de la Commission des droits de l’homme au moment où les Nations Unies veulent empêcher une guerre en Irak achève de lui enlever toute légitimité.

« Au commencement était le devoir de paix »

In the beginning was the duty of peace
International Herald Tribune (États-Unis)

[AUTEUR] Mahathir bin Mohamad est Premier ministre de Malaisie. Cette tribune est extraite d’un discours prononcé le 22 janvier à l’université Al Azhar du Caire.

[RESUME] Le Prophète a apporté aux hommes un Islam, mais, aujourd’hui, il existe de nombreuses religions islamiques. Il y a les Sunnites et les Chiites, eux-mêmes divisés en de nombreux groupes et ordres, tous persuadés d’incarner le véritable Islam.
Cette désunion et ces luttes de pouvoir ont entraîné les musulmans au plus bas et les ont fait dévier de leur voie. Certains se sont tournés par colère vers le terrorisme donnant ainsi aux ennemis de l’Islam un prétexte pour accentuer la pression sur les musulmans, les attaquer, les tuer et mépriser leur religion. Les musulmans devenus terroristes ne se battent plus pour de vraies raisons, comme se libérer de l’oppression, mais uniquement par vengeance et colère.
Il faut se souvenir que l’Islam est une religion de paix, que tous les musulmans sont frères et que nous devons être unis. Il faut que nous soyons en paix entre nous avant d’être en paix avec les autres.