« L’Europe et l’Amérique doivent rester unies »

Europe and America must stand united
The Times (Royaume-Uni)

[AUTEURS] José María Aznar est président du gouvernement espagnol. José Manuel Durão Barroso est Premier ministre du Portugal. Silvio Berlusconi est président du conseil italien. Tony Blair est Premier ministre britannique. Václav Havel est président de la République tchèque. Peter Medgyessy est président du conseil hongrois. Leszek Miller est Premier ministre de Pologne. Anders Fogh Rasmussen est Premier ministre danois.

[RESUME] Le lien entre les États-Unis et l’Europe repose sur des valeurs communes : la démocratie, le respect des libertés individuelles, des Droits de l’homme et le primat de la loi. Toutes ces valeurs sont aujourd’hui menacées. Les attentats du 11 septembre étaient une attaque contre nos valeurs et ont montré la détermination des terroristes, nous y avons répondu en montrant notre unité.
Grâce à la bravoure et à la générosité des États-Unis, l’Europe a été libérée du nazisme et du communisme. La coopération entre l’Europe et les États-Unis a permis de garantir la paix et la liberté dans notre continent. Aujourd’hui nous devons préserver cette unité pour faire face au terrorisme et à la prolifération des armes de destruction massive. Le régime irakien et ses armes sont une menace pour le monde, cela a été reconnu par l’ONU lors de l’adoption à l’unanimité de la résolution 1441. Nous, Européens, avons réaffirmé notre détermination sur ce sujet lors du sommet de Prague de l’OTAN et lors du sommet de Copenhague de l’Union Européenne.
Les Européens doivent rester unis pour combattre la menace incarnée par Saddam Hussein. La résolution 1441 était sa dernière chance de se désarmer pacifiquement, mais il a continué à violer les résolutions de l’ONU. Nous n’avons rien contre le peuple irakien, la première victime du régime en Irak, mais nous devons protéger le monde de la menace des armes de destruction massive.
Le Conseil de sécurité doit rester crédible face à cette menace et doit faire face à ses responsabilités.

« Bush ou Saddam, il faudra choisir »

Bush ou Saddam, il faudra choisir
Le Figaro (France)

[AUTEUR] Alain Madelin est député UMP d’Ille-et-Vilaine. Il est membre de la Nouvelle Initiative Atlantique, une émanation de l’American Enterprise Institute chargée de promouvoir l’extension de l’OTAN et l’établissement d’une zone de libre-échange américano-européenne (son site).

[RESUME] De nombreux pays refusent une intervention en Irak qui n’aurait pas reçu l’aval de l’ONU, se mettant ainsi en contradiction avec l’argumentation qu’ils ont développée lors des frappes sur la Yougoslavie. Ils expriment leur confiance dans les inspections pour contenir la menace irakienne. Cette position équivaut à défendre le régime de Saddam Hussein et le statu quo au Proche-Orient au nom de la paix et je n’y souscris pas.
Saddam Hussein est un homme dangereux à la tête d’un régime abominable, qui a mis des moyens considérables dans la production d’armes chimiques et biologiques. Quand, après la guerre du Golfe, il a été contraint d’y renoncer, il a fait une obstruction systématique aux inspections, jusqu’à ce que les envoyés de l’ONU finissent par renoncer en 1998. À partir de ce moment, il a pu remettre en service son industrie d’armement, comme l’ont montré les procès en Allemagne d’entreprises ayant violé l’embargo. Tant que Saddam Hussein restera au pouvoir en Irak, ce pays sera une menace.
Selon les termes de la résolution 1441, c’est à l’Irak de prouver son désarmement et non à la communauté internationale de prouver le réarmement. Les inspecteurs de l’ONU sont là pour vérifier les preuves fournies par l’Irak, mais les 12 200 pages du rapport fourni à l’ONU ne donnent aucune piste. Les inspecteurs doivent donc chercher par eux-mêmes dans un pays grand comme la France. C’est une mission impossible vue la capacité de dissimulation des Irakiens. Cela fait 12 ans que Saddam Hussein se moque des résolutions de l’ONU. La résolution 1441 était sa dernière chance et Bagdad ne l’a pas saisie. Même s’il est souhaitable, un nouveau passage devant le Conseil de sécurité ne s’impose donc pas.
De toute façon, il ne faut pas idéaliser l’ONU, une institution paralysée pendant la guerre froide et qui ne fonctionne toujours pas. Le droit de veto de la Chine communiste fait de ce pays le juge ultime des Droits de l’homme. Les Nations Unies ont montré leur manque de force morale et de capacité d’action à de nombreuses reprises. La récente nomination de la Libye à la tête de la Commission des Droits de l’homme a prouvé que cette organisation avait abandonné ceux qui se battent pour les libertés fondamentales.
Il va falloir choisir entre Bush et Saddam. Renverser ce dernier participera à la lutte contre le terrorisme. Il n’y a certes pas de liens avérés entre Al Qaïda et Bagdad, mais notre approche des questions internationales a changé depuis le 11 septembre et nous savons que lutter contre les régimes qui oppriment leur peuple, c’est s’attaquer aux causes du terrorisme. Libérer l’Irak, c’est poser les bases de la liberté et de la démocratie dans le monde arabe. Laisser sanctuariser l’Irak, c’est protéger les dictatures et les groupes terroristes anti-israéliens qu’il soutient. Il existe certes d’autres régimes que l’on pourrait combattre, mais ce n’est pas parce que l’on ne peut faire respecter les Droits de l’homme partout que l’on ne doit pas agir là où on en a la possibilité.
Il est absurde d’invoquer les intérêts pétroliers pour expliquer l’implication des États-Unis car les producteurs texans ont besoin de prix élevés pour être compétitifs alors qu’un Irak libéré fera baisser les prix, ce dont l’économie mondiale profitera.
Nous devons être aux côtés des Américains, nos alliés traditionnels qui ont risqué le suicide nucléaire pour nous défendre, et si nous posons notre veto à la guerre nous protègerons un dictateur.

« La façon juste de dire non à la guerre »

La façon juste de dire non à la guerre
Le Monde (France)

[AUTEUR] Michael Walzer est philosophe et historien de la pensée politique. Il est membre de l’Institute for Advanced Study de l’Université de Princeton et administrateur de l’université hébraïque de Jérusalem.

[RESUME] Le mouvement contre la guerre aux États-Unis a choisi d’adopter une posture qui consiste à nier les crimes de Saddam Hussein. D’après cette analyse, le régime irakien a peut-être pour volonté d’avoir des armes nucléaires, mais si c’était le cas, la dissuasion serait suffisante. Ce raisonnement implique qu’une guerre en Irak n’est pas utile, pas plus que les inspections, l’embargo ou les zones d’exclusion aériennes.
Cette approche est simple mais elle est mauvaise car la brutalité du régime irakien est bien connue et qu’il est difficile d’accepter qu’un tel régime possède l’arme nucléaire. De plus, une politique de dissuasion serait déstabilisatrice pour toute la région puisqu’elle nécessiterait l’implication d’Israël et l’acquisition par Tel-Aviv d’une capacité de riposte.
La façon juste de s’opposer à la guerre est de souligner l’efficacité du dispositif actuel de contrôle et de vérification tout en tentant de l’améliorer. Cette option a malheureusement un coût :
- Maintenir un embargo qui, vu la façon dont Saddam Hussein alloue les revenus dans son pays, entraîne la malnutrition de la population.
- Maintenir les zones d’exclusion aérienne, ce qui nécessite des frappes bihebdomadaires contre le dispositif antiaérien irakien qui, même si elles ne font pas de victimes civiles, pourraient dégénérer en guerre.
- Maintenir les inspections indéfiniment afin que l’Irak ne puisse déployer ses armes et les soutenir en disposant des troupes en alerte autour de l’Irak.
Certes, il est facile de prétendre qu’une guerre courte contre l’Irak est préférable, mais qui peut garantir que la guerre sera courte ? Il y a toujours moyen d’éviter la guerre et il s’agit donc moins de militer contre la guerre en Irak que de se battre pour la mise en place d’un système international fort pour vaincre l’agression, arrêter les massacres et la purification ethnique, contrôler les armes de destruction massive et garantir la sécurité physique de tous les peuples. Ce système doit être mis en place par plusieurs États et ne plus être imposé par un seul.

« Les mauvais mots »

The Wrong Words
New York Times (États-Unis)

[AUTEUR] Abdel Monem Said est directeur de l’Al Ahram Center for Political and Strategic Studies au Caire.

[RESUME] La population des pays arabes modérés a vu que le président Bush s’est trompé dans son approche des problèmes de la région. Washington a séparé les différents problèmes au Proche-Orient sans les relier alors qu’ils le sont.
Le problème n’est pas l’Irak, dont l’attaque aggravera la situation. C’est la résolution de la question palestinienne qui a le plus de chance d’avoir un impact positif dans la région. Les Arabes ne pensent pas que les Irakiens accueilleront les Américains comme des libérateurs, ni que l’Irak deviendra rapidement une démocratie. Ils pensent que le pays va sombrer dans le chaos, que la Turquie et l’Iran s’en mêleront et que tous les pays du Golfe vont en souffrir ce qui rendra encore plus tendues les relations israélo-arabes. La guerre au terrorisme n’a rien à voir avec la guerre en Irak. C’est le terrorisme qui est la vraie menace, pas le faible Irak.
Autrefois, le lien entre les États-Unis et les pays arabes modérés était le principal facteur de stabilité au Proche-Orient. Aujourd’hui Washington n’est plus qu’un facteur d’instabilité qui soutient Ariel Sharon et a adopté un programme radical dans la région sans avoir compris la stratégie a employer.

« Chavez provoque le déclin du Venezuela »

Chávez steers Venezuelan descent
Christian Science Monitor (États-Unis)

[AUTEUR] Priscilla West travaille dans l’industrie pétrolière à Tulsa dans l’Oklahoma. Elle est ancienne employée de Petróleos de Venezuela, S.A. (PDVSA).

[RESUME] Quand je suis arrivée à Caracas pour travailler à la PDVSA, la compagnie pétrolière d’État du Venezuela, Hugo Chavez venait d’être élu et j’ai d’abord eu un a priori pour cet homme qui rompait avec le passé d’une classe politique corrompue au Venezuela. Puis Chavez a fait réformer la constitution du pays et a montré son vrai visage.
Il a d’abord adopté une rhétorique socialiste puis a utilisé les institutions démocratiques pour mener sa « révolution bolivarienne » antidémocratique et a placé aux postes-clés des laquais à sa solde. Les personnes les plus instruites furent les premières à s’en inquiéter et les moins sensibles à la propagande de Chavez, c’est pourquoi le président utilisa l’argument de la lutte des classes pour attirer le soutien des pauvres et diviser le pays. Il présenta les cadres de PDVSA comme des individus corrompus et les remplaça par des militaires qui ne connaissaient rien au pétrole. On vit alors arriver de nouveaux clients, libyens et colombiens, peut-être pour blanchir de l’argent.
J’ai quitté le Venezuela en janvier 2002 pour n’y revenir que pendant un mois, la situation avait encore empirée et mes collègues manifestent désormais tous les jours, craignant pour leur vie et l’avenir du pays. Chavez a été élu démocratiquement, mais il n’est pas un dirigeant démocratique et c’est pour cela que les responsables de PDVSA s’impliquent dans la lutte politique, pas pour une question pétrolière.

Côte-d’Ivoire : un si prévisible conflit

Côte-d’Ivoire : un si prévisible conflit
Libération (France)

[AUTEUR] Michel Galy est chercheur au Centre d’études sur les conflits. Il enseigne les relations internationales à l’IEP de Paris.

[RESUME] D’après médiateurs et médias, il n’y a plus de conflit en Côte d’Ivoire depuis le traité de Marcoussis. Pourtant, cet accord porte en germe de futurs troubles et pose un dangereux précédent en récompensant les rebelles par les ministères de l’Intérieur et de la Défense. Il ne faut pas oublier, de plus, que la paix n’est pas un moment, c’est un processus. En outre, à quoi bon tout miser sur l’apaisement interne si les principaux acteurs sont extérieurs ?
Dans ce conflit, on a totalement minimisé les rôles de Charles Taylor du Libéria et de Blaise Compraoré du Burkina Faso, tout deux trafiquants de diamants, pourvoyeurs d’armes et déstabilisateurs de la région. Depuis 1989, Charles Taylor a provoqué un embrasement de la région en s’appuyant sur les ethnies transfrontalières pour prendre le pouvoir au Libéria, exportant ainsi le conflit en Sierra Leone, puis en Guinée. La Côte d’Ivoire semble être le nouveau terrain des groupes armés ayant sévi dans ces pays.
La méthode est toujours la même : entrer dans un pays en proie à un conflit interne, développer la guérilla, s’infiltrer parmi les civils et les réfugiés, recruter dans la jeunesse désargenté puis faire exploser les centres urbains pour que tout le pays entre dans la guerre. C’est à ce jeu que joue le Burkina, à l’évidence à l’origine de la rébellion du nord du pays pour en contrôler les plantations. Ces évènements étaient annoncés depuis longtemps par les analystes, comme toujours conviés uniquement à l’autopsie, trop tard pour éviter le drame.
Il faut, pour pacifier la région, un contingent de 60 000 hommes que nul n’est en mesure de fournir en Afrique. Il faut donc la création d’un groupe de contact (France, Grande-Bretagne, États-Unis) qui coordonnerait les actions de développement et les interventions dans les quatre pays en guerre. Le temps des protectorats et de la souveraineté limitée est-il de retour ? Dans le cas de l’Afrique de l’Ouest, c’est bien d’un changement de modèle dont il est question.