« La chance est en train de tourner »

Turning the Tide
Los Angeles Times (États-Unis)

[AUTEUR] Kenneth M. Pollack est membre du Center for Foreign Policy Studies de la Brooking Institution et du Council on Foreign Relations. Il est ancien membre du National Security Council et ancien analyste militaire spécialisé sur les question iranienne et irakienne à la CIA (1988-1995).

[RESUME] Le discours de Colin Powell devant le Conseil de sécurité était sans doute le moins important qu’il ait dû prononcer sur l’Irak car son auditoire ne basera pas sa décision sur les preuves qu’il a apporté mais, comme toujours, sur des questions politiques. Tous les membres du Conseil de sécurité savent que l’Irak détient des armes de destruction massive et dupe les inspecteurs, mais c’est sur la méthode pour régler la question que les opinions divergent. Ainsi, l’Allemagne, le pays le plus résolu à ne pas faire la guerre à l’Irak, est sans doute celui dont les services de renseignements sont les plus alarmistes sur les armes irakiennes.
L’argumentation de Colin Powell a donc surtout servi à convaincre les populations et elle a été brillante. La population états-unienne est désormais convaincue, mais le public visé était surtout la population des pays dont les gouvernements, mais pas l’opinion publique, ont choisi d’aider les États-Unis. Pour convaincre cette population, le discours à l’ONU n’est qu’une première étape et il faudra présenter encore et encore l’ensemble des éléments dont nous disposons.
Il faudra également que nous nous méfions du rapport qui sera rendu le 14 février. En effet, Hans Blix semble aujourd’hui regretter le ton de son intervention du 27 janvier et va tenter sans doute d’influencer le Conseil de sécurité pour qu’il n’y ait pas d’attaque contre l’Irak. De son côté, Saddam Hussein pourrait très bien faire de petites concessions, juste avant la date fatidique pour gagner du temps. Pour ces deux raisons, l’administration Bush doit réaffirmer que le 14 février est la date à laquelle l’Irak devra plier totalement à la résolution 1441 et que nous ne tolèrerons plus de demi-concession. S’il s’avérait que l’Irak ne remplit pas ses obligations entièrement, les États-Unis devraient alors demander au Conseil de sécurité de voter une résolution autorisant le recours à la force immédiat contre Bagdad.

« Quelle diplomatie commune ? »

Quelle diplomatie commune ?
Le Figaro (France)

[AUTEUR] Charles Pasqua est ancien ministre de l’Intérieur français (1986-1988 et 1993-1995). Il est député européen et président du groupe Union pour l’Europe des nations (UEN) au Parlement européen, de l’Alliance pour l’Europe des nations et du Rassemblement pour la France.

[RESUME] Le second conflit du Golfe a déjà fait une victime collatérale : la politique étrangère et de sécurité commune de l’Union Européenne, tuée par la sortie fracassante de sept chefs de gouvernements et d’un ancien chef d’État européen.
Sans réel contrepoids pour lui faire face, l’hyperpuissance américaine prend le risque, justifié ou non c’est une autre question, de nous engager dans un processus aux conséquences imprévisibles. On aurait pu espérer qu’autour de la France, l’UE rééquilibre la donne. Il n’en fut rien.
Il ne peut pourtant pas y avoir de diplomatie ni de défense européenne tant que l’UE n’aura pas pris quelques distances avec notre allié, j’insiste sur le terme, américain, ce qui ne semble pas possible tant que nous serons sous la tutelle de l’OTAN. Cette organisation sert de plus en plus de sas d’entrée des pays de l’Est dans l’Union européenne et Donald Rumsfeld a donc raison de dire que le centre de gravité de l’Europe est en train de s’orientaliser.
On constate que face au choix décisif de la guerre ou de la paix, le fédéralisme n’a pas résisté. Il faut en tirer les conclusions : la politique étrangère commune paralyse les initiatives européennes plutôt qu’elle ne les encourage. Il faut donc lui préférer une coopération diplomatique tenant compte des divergences des intérêts des nations.

« Le Pakistan doit aider les États-Unis à combattre la prolifération »

Pakistan must help the U.S. combat proliferation
International Herald Tribune (États-Unis)

[AUTEURS] Mansoor Ijaz et James Abrahamson dirigent la société internationale de gestion de portefeuille, Crescent Partnerships à New York. Mansoor Ijaz, états-unien d’origine pakistanaise, est membre de Benador Associates. En 1997, il a négocié l’offre de lutte anti-terroriste de l’administration Clinton vis-à-vis du Soudan, puis le cessez-le-feu entre les groupes musulmans et le gouvernement indien au Cachemire, en 2000. Il est membre du Council on Foreign Relations et analyste sur les questions de relations internationales et de terrorisme pour Fox News Network. Le Lieutenant General James A. Abrahamson a été le directeur du Strategic Defense Initiative sous le président Reagan (1984-1989).

[RESUME] Pendant que Washington préparait le dossier contre l’Irak, la Corée du Nord a relancé son programme nucléaire à Yongbyon. C’est une curieuse coïncidence, à moins que ce ne soit un acte coordonné qui viendrait valider l’existence d’un « Axe du Mal ».
D’après Colin Powell, de la fin des années 90 à 2001, c’est l’ambassade d’Irak au Pakistan qui permettait de faire le lien entre Bagdad et Al Qaïda. Or on sait qu’à la même époque Islamabad aidait Pyongyang à enrichir de l’uranium.
Le Pakistan n’est pas signataire des traités de non-prolifération nucléaire et Washington doit reconnaître le danger que représente cette offre nucléaire incontrôlée, tout comme il faut passer des accords de contrôle régionaux avec la Russie et la Chine. La menace représentée par le terrorisme nucléaire nord-coréen, les armes chimiques et biologique irakiennes et le programme nucléaire iranien doivent être considéré comme un tout. Or, Pékin aide la Corée du Nord en se disant que Pyongyang n’a pas la capacité de construire des bombes atomiques. Il faut donc convaincre la Chine pourrait elle aussi être touchée par une bombe sale en provenance de Corée du Nord posée par des Islamistes qui n’apprécieraient pas sa politique à l’égard du Pakistan.
Islamabad est au centre du problème. Il faut que le Pakistan fournisse toutes les informations concernant son programme nucléaire et le matériel qu’il a vendu à la Corée du Nord sous peine de se voir retirer toutes ses aides.

« A chacun son propre morceau de la grande Ligue Arabe »

To each his own The great Arab League break up
Jerusalem Post (Israël)

[AUTEUR] Amir Taheri est journaliste iranien est rédacteur en chef du journal français Politique Internationale. Il est expert du cabinet Benador Associates à New York.

[RESUME] Amr Moussa, le secrétaire général de la Ligue Arabe, a affirmé que les Arabes faisaient face à « leur plus grave crise depuis la première guerre mondiale ». Les dirigeants arabes ont l’impression d’être dans un cul-de-sac dont il ne savent pas comment sortir. Cette situation n’est que l’étape finale d’une histoire de déclin économique, de désorientation politique et de crise culturelle qui a conduit les pays arabes à être les seuls pays au monde, d’après l’ONU, à voir leur niveau de vie baisser en 20 ans.
« L’arabisme » est en voie de disparition. Kadhafi a boycotté la Ligue arabe et affirme que son pays doit se tourner vers l’Afrique. En Égypte, Boutros Boutros-Ghali, l’ancien secrétaire général de l’ONU, a appelé son pays à faire de même. Yousouf Shiravi, au Bahreïn, a appelé pour sa part les pays du Golfe à se tourner vers le sous-continent indien. Le Maroc et l’Algérie développent une politique méditerranéenne et une collaboration militaire avec les États-Unis. De leur côté, les responsables de l’opposition irakienne projettent de ne pas adhérer à la Ligue arabe et d’entamer des pourparlers avec l’OTAN.
Moussa croit que la Ligue arabe peut être sauvée, mais que pour cela les anciennes règles doivent être changées. Ce ne sont pas les solutions qui manquent puisqu’il existe quatre plans de réforme :
- Le plan du Qatar prévoit de briser la mainmise de l’Égypte sur la Ligue en assurant un déménagement du siège et une présidence tournante.
- Le plan de la Libye veut que la Ligue intègre l’Union Africaine.
- Le plan du Soudan demande une meilleure répartition des richesses entre pays riches et pays pauvres.
- Le plan de l’Arabie saoudite, paradoxalement le plus révolutionnaire, plaide pour une réforme des différents régimes des pays arabes et l’organisation d’élections dans chaque pays. Ce plan est soutenu par la Syrie dont le président Bashar El-Assad veut transformer le parti Ba’as en parti social-démocrate.
Beaucoup pensent que ce plan n’a pour but que de gagner du temps et de priver les États-Unis de l’argument de la démocratisation pour intervenir dans la région. Ces réformes ne seraient donc que cosmétiques. Toutefois, une chose est sûre : la présence des troupes états-uniennes dans la région a déjà produit un effet.

« Les oubliés de l’Occident »

Les oubliés de l’Occident
Libération (France)

[AUTEUR] Joseph Yacoub est professeur de sciences politiques à l’université catholique de Lyon. Dernier ouvrage paru : « Au nom de Dieu ! »

[RESUME] Sur les vingt-deux millions d’Irakiens, un million est chrétien dont 85 % d’Assyro-Chaldéens. Cette communauté à l’impression d’être oubliée par l’Occident. Elle craint les bombardements et les complications de ses relations avec ses concitoyens musulmans qu’entraînerait une intervention américaine.
Depuis 1991 et l’autorisation donnée aux Irakiens de quitter le pays s’ils le voulaient, un grand nombre de chrétiens se sont lancés sur les routes de l’exil. Ce sont désormais 250 000 chrétiens, le quart de cette communauté, qui vivent déjà à l’étranger. Si l’exode est si massif, c’est qu’avec Saddam Hussein au pouvoir ou non, les chrétiens ne pourront plus bénéficier du même statut. En effet, l’émergence d’un nationalisme intégral panarabe, ou simplement irakien, ou une idéologie religieuse exclusiviste aurait pour effet de rejeter les citoyens irakiens supposés non-arabes ou non-musulmans.
Tant que le Moyen-Orient reste agité par la contestation islamiste, le non-règlement du conflit israélo-palestinien et arabe, les atermoiements de l’Europe et les visées hégémoniques américaines, les chrétiens ne ressentiront pas le repos. Malgré tout, les Assyro-Chaldéens sont attachés à l’Irak et s’opposent aux ingérences étrangères et à toute idée de partition du pays.

« Des stratégies pour fonder un État »

Strategies of statehood
Al Ahram Weekly (Égypte)

[AUTEUR] Mustafa El-Barghouti est secrétaire de la Palestinian National Initiative, président des Palestinian Medical Relief Committees et directeur de l’Health, Information and Policy Institute (HDIP) à Ramallah.

[RESUME] En 1991, Israël avait amené les Palestiniens à la table des négociations d’Oslo au moment où ces derniers pouvaient commencer à espérer retirer des gains politiques de l’Intifada. La négociation s’étant déroulée selon un plan proposé par Israël. Les Palestiniens, à qui il manquait une stratégie, furent contraints de garantir la sécurité des Israéliens alors que ces derniers continuaient leur politique de colonisation.
Pour parvenir à la création d’un État indépendant, les Palestiniens doivent construire une stratégie qui devra se baser sur la constitution d’une prise de décision palestinienne autonome, pouvant avoir un impact sur le cours des évènements et cessant de les subir, et sur une forte participation populaire. Cette stratégie peut insister sur l’arrêt de la « judéification » de la Palestine ou sur le gain de la sympathie de l’opinion internationale et israélienne, cela ne sera possible que si les Palestiniens ont une direction nationale unifiée et efficace.
Notre stratégie doit s’appuyer sur trois enseignements :
- Il faut faire comprendre au monde que la violence n’est que la manifestation d’un problème et que si on veut qu’elle cesse, il faut s’attaquer à ce problème et mettre fin à l’occupation israélienne.
- Comme le prouve l’exemple européen, il ne peut y avoir de paix sur le long terme si elle n’est pas fondée sur les principes démocratiques. Si l’un des camps perd trop, la paix n’est pas possible. C’est pour cette raison qu’il faut un arrêt immédiat de la construction de colonies.
- Sans garanties que l’État palestinien sera un véritable État souverain et pas un État de papier, les Palestiniens resteront sous la tutelle et la menace d’Israël. Il n’y aura donc pas de paix possible. Quand Ariel Sharon affirme qu’une autorité autonome est équivalente à un État, il ment.
Afin d’organiser notre résistance, il faut donc appuyer la création de toute structure permettant de rassembler les Palestiniens et d’améliorer leur existence. Il faut renforcer les institutions nationales et civiles et créer des institutions étatiques de facto, premier pas vers l’édification d’un État démocratique et souverain et vers une paix juste garantissant les libertés et les droits des Palestiniens.