« N’agissez pas seuls »

Don’t act alone
The Globe and Mail (Canada)

[AUTEUR] Jean Chrétien est Premier ministre du Canada. Cette tribune est extraite d’un discours prononcé devant le Council on Foreign Relations à Chicago.

[RESUME] Les relations avec les États-Unis sont au centre de la politique étrangère du Canada. La sécurité et la prospérité de nos deux pays sont liées. Nous faisons partis des mêmes alliances militaires (l’OTAN et le NORAD) et depuis le 11 septembre notre collaboration est encore plus étroite. Nous avons développé des lois anti-terroristes fortes tout en augmentant les moyens de nos services de sécurité. Nous sommes également essentiels à la sécurité énergétique des États-Unis.
Tout comme les États-uniens, les Canadiens sont attentifs à leur place dans le monde. Nous estimons qu’il faut une approche multilatérale des problèmes globaux, tels que le terrorisme international, le crime et la corruption ou les dommages environnementaux. Sur tous ces sujets et dans un monde de plus en plus intégré, les organisations multilatérales sont essentielles.
La menace que représente Saddam Hussein fait également partie des problèmes qu’il faut traiter internationalement. Nous espérons tous que l’Irak va respecter la résolution 1441 et que la guerre sera évitée. Il faut, cependant, nous tenir prêts à répondre à une violation de la résolution, même si la réponse à un tel acte doit venir de l’ONU. Le Canada soutient la politique états-unienne vis-à-vis de l’Irak, mais les États-Unis ne doivent pas agir seuls. S’ils veulent éviter un « choc des civilisation », ils doivent passer par l’ONU et mobiliser l’OTAN.

« La France n’est pas un pays pacifiste »

France Is Not a Pacifist Country
Time Magazine (États-Unis)

[AUTEUR] Jacques Chirac est président de la République française.

[RESUME] Une majorité de chefs d’États dans le monde soutient notre détermination à trouver une solution pacifique pour désarmer l’Irak. Nous pensons qu’une guerre déstabiliserait tout le Proche-Orient, entraînerait une recrudescence du terrorisme et créerait de nombreux petits Ben Laden. Je suis opposé à une guerre des civilisations qui ferait le jeu des extrémistes. La possession d’armes de destruction massive par un pays incontrôlable comme l’Irak est certes une question grave, mais les inspections, si on leur laisse le temps et qu’on les renforce avec une surveillance aérienne, peuvent fonctionner.
La France n’est ni pacifiste, ni anti-américaine, et nous souhaitons le désarmement de l’Irak. Nous pensons que si Saddam Hussein pouvait quitter le pouvoir à Bagdad, ce serait le plus grand cadeau qu’il pourrait faire à son peuple et au monde, mais nous pensons également que cet objectif peut être atteint sans guerre. À l’heure actuelle, il n’y a sans doute pas d’armes nucléaires en Irak même s’il y a peut-être d’autres types d’armes de destruction massive dans le pays. La France n’exclut aucune option, mais nous faisons confiance aux inspections. Une fois qu’elles auront été renforcées, si les inspecteurs nous disent qu’il est impossible pour eux de mener leur mission, alors et alors seulement, nous ferons la guerre. Pour l’instant, il n’existe donc aucune raison de demander une nouvelle résolution.
Ma position n’est pas motivée par de l’antiaméricanisme. J’aime les États-Unis, mais je considère qu’un monde multipolaire est préférable à une communauté dirigée par une seule superpuissance.
La présence états-unienne a permis ces inspections et peut-être permettra-t-elle un désarmement sans guerre. M. Bush pourrait donc retirer ses troupes sans avoir de difficultés politiques puisqu’il pourrait affirmer que leur présence a permis de désarmer l’Irak sans faire couler le sang.

« Pourquoi la Grande-Bretagne est elle si engagée dans cette guerre ? »

Why is Britain so committed to this war ?
The Observer (Royaume-Uni)

[AUTEUR] Anthony Sampson est l’auteur de The Seven Sisters, un livre sur les compagnies pétrolières et le Proche-Orient. Il est éditorialiste régulier pour The Observer.

[RESUME] Le Royaume-Uni soutient sans condition la politique étrangère des États-Unis, entrant ainsi en conflit avec la France, l’Allemagne et de nombreux partenaires européens. Il s’agit là du réalignement en matière de politique étrangère le plus important depuis 1940. Il se fait sans débat et contre l’avis des experts diplomatiques, militaires et du Parlement.
Aujourd’hui, pourtant, les plans des faucons du Pentagone sont connus : redessiner le Proche-Orient à leur convenance après la guerre en Irak et appliquer la plan proposé en 1996 à Benjamin Netanyahu lorsqu’il était Premier ministre d’Israël. Ils veulent remplacer toutes les dictatures arabes par des démocraties à l’américaine. Pourtant, des élections dans ces pays n’amèneraient pas des amis de l’Occident au pouvoir et favoriseraient même sans doute les islamistes.
Les Britanniques connaissent le Proche-Orient et savent que la politique états-unienne là bas y a toujours été catastrophique. Ils ont soutenus des mouvements terroristes et des dictatures et ceux-ci se sont toujours retournés contre eux. Les Britanniques ont aussi commis des erreurs dans cette région, mais ils ont au moins retenus la leçon : ils ne faut pas soutenir la politique colonialiste de Washington qui entraînera une recrudescence du terrorisme. De plus, malgré les promesses de Tony Blair, on voit mal les États-Unis faire pression sur Israël après la guerre en Irak pour amener Tel-Aviv à négocier.
En suivant les faucons de Washington, le Royaume-Uni ne se rend pas service et pourrait, après l’Irak, avoir à se poser les mêmes questions qu’après Suez en 1956.

« Non à la partition de l’Irak »

Non à la partition de l’Irak
Le Figaro (France)

[AUTEUR] Joseph Yacoub est professeur de sciences politiques à l’université catholique de Lyon. Dernier ouvrage paru : Au nom de Dieu ! et sortira bientôt Les Chrétiens d’Irak.

[RESUME] Le vice-Premier ministre irakien, Tarek Aziz a été reçu en visite officielle par le Pape Jean-Paul II. Cette audience avait été précédée par une visite du cardinal Etchegaray à Bagdad.
Contrairement à la propagande dominante, l’Irak n’est pas un désert, c’est un berceau du christianisme et un centre important de l’islam chiite. La force de ce pays réside dans son unité. Toute remise en cause de son intégrité territoriale embraserait la région. C’est pourtant ce que veulent faire les États-Unis en créant une succession de petits États ethniques et religieux. La France, par la voix de Dominique de Villepin, s’est opposée à cette politique et défend l’unité irakienne, souhaitant également éviter l’émergence d’un pouvoir religieux ou ethnique.
L’Irak a toujours été rétif à l’occupation étrangère et a constitué son unité nationale à la fois sur le rejet de la colonisation britannique et sur le nationalisme irakien et arabe. L’arabisme a certes conduit à la répression contre les Kurdes, mais il a su aussi se montrer ouvert et a fini par reconnaître et intégrer les minorités. Le parti Ba’as a également donné à l’arabisme une orientation républicaine et laïque, qui risquerait de disparaître avec la fin du nationalisme arabe.
Il faut maintenir en Irak un État unitaire, mais décentralisé, et ne pas inventer un État fédéral, alibi du séparatisme. Il faut également maintenir l’arabisme tout en le modérant et conserver ainsi le caractère mésopotamien de la nation irakienne.

« Blix donne une interprétation hautement contestable de son mandat »

Blix donne une interprétation hautement contestable de son mandat
Le Figaro (France)

[AUTEUR] Ancien conseiller de Lyndon LaRouche et de Jean-Pierre Chevènement, Laurent Murawiec a brusquement changé d’options politiques pour rejoindre la Rand Corporation. Le 10 juillet 2002, il présenta ses travaux devant le Defence Policy Board, à l’invitation de Richard Perle, et préconisa le renversement des Saoud en Arabie et l’anéantissement de l’islam. Il est aujourd’hui chercheur à l’Hudson Institute de Washington et géostratège. Il est l’auteur notamment de La Guerre au XXIe siècle et de L’Esprit des nations.

[RESUME] Les Irakiens, formés par les Soviétiques à la dissimulation militaire, ont pu développer leur programme d’armement de façon spectaculaire dans les années 90, au nez et à la barbe des inspecteurs.
La résolution 1441 était la dernière chance de Saddam Hussein. Il ne l’a pas saisi en trois mois, malgré les discours conciliant de ces derniers jours. Hans Blix affirme « qu’il n’existe aucune preuve d’activité prohibée », mais il ne fait que s’appuyer sur les positions de la France, de l’Allemagne et de la Russie, trois pays ayant intérêt à conserver un Irak saddamien et il donne ainsi une interprétation contestable de son mandat. Son rôle n’est pourtant pas de conduire une investigation, mais de vérifier que l’Irak s’auto-désarme bien.
Les « pacifistes » sont un mélange de John Lennon et de Neville Chamberlain, ils mêlent la naïveté et l’aveuglement. Certains d’entre eux affirment que Saddam Hussein est préférable à un régime néo-fondamentaliste, mais c’est oublier que Saddam, comme Hitler, n’a lutté contre les religieux que parce qu’il lui contestait le contrôle des âmes. En dehors de ses frontières, il est l’allié du terrorisme islamiste, le « fascisme vert ».
Wolfowitz et les « néo-conservateurs » estiment depuis longtemps que les dictatures du Proche-Orient alimentent directement ou indirectement le terrorisme et qu’il faut donc installer des démocraties dans le monde arabe. Depuis le 11 septembre, ils sont écoutés. La politique arabe de la France est, pour sa part, le prêt pharaonique aux dictatures en échange de contrats qui ne seront jamais payés entièrement. Ce n’est pas une politique que de se coucher et certains des pays bénéficiaire n’ont pas hésité à mettre Paris à feu et à sang.
Aujourd’hui, la France, l’Allemagne et la Belgique veulent construire l’Europe comme un contre-pouvoir face aux Etats-Unis. Ils s’opposent ainsi aux dix pays qui soutiennent les États-Unis, plongeant l’OTAN dans la crise et tentant de kidnapper dans « un font du refus », l’écrasante majorité des Européens qui soutiennent les Américains. Cette attitude a indigné la presse américaine et a écœuré l’allié des Français qu’était Colin Powell, transformant ainsi la colombe multilatéraliste en faucon.

« Pourquoi cette précipitation pour attaquer une force épuisée ? »

Why the rush to attack a spent force ?
Times (Royaume-Uni)

[AUTEUR] Sir Timothy Garden est professeur au Centre for Defence Studies du King’s College de Londres. Il a été Commandant au Royal College of Defence Studies et directeur du Royal Institute of International Affairs.

[RESUME] L’approche de la guerre en Irak donne à beaucoup de marchands de sornettes l’occasion de fourguer leur marchandise : faux dossiers de renseignements plagiés ou vieux rapports d’inspections présentés comme de nouvelles preuves. Toutefois, la vraie escroquerie vient quand les avocats de la guerre commencent à présenter leurs opposants comme des tenants de la doctrine de Chamberlain.
S’il est vrai que Saddam Hussein et Hitler ont tous deux violé les Droits de l’homme, le processus démocratique et la loi internationale, qu’ils ont tous les deux cherché à obtenir l’arme nucléaire et qu’ils ont tous les deux été sous le coup de restrictions internationales pour leur armement, les points communs s’arrêtent là. Entre la politique de Chamberlain qui consistait à laisser l’Allemagne accroître sa puissance militaire et la politique qui demande le maintien, sans la guerre, d’une politique de prévention et d’endiguement, il n’y a pas de liens.
En 1991, Saddam Hussein était proche de posséder l’arme nucléaire, mais depuis les inspecteurs ont détruit ses installations. Il possède sans doute des armes chimiques et biologiques, ces dernières étant une véritable menace pour les civils, mais il ne peut les utiliser à cause de la politique de prévention. Il n’a, de toute façon, sans doute pas, ou peu, de missiles pouvant porter à plus de 30 kilomètres. L’Irak n’est pas l’Allemagne de l’avant-guerre, il n’est qu’un pays du tiers-monde au pouvoir militaire déclinant, incapable de menacer qui que ce soit. Face à cette situation, la guerre est un mauvais choix.

« La Corée ne peut pas attendre »

Korea Can’t Wait
Washington Post (États-Unis)

[AUTEURS] Brent Scowcroft est président du Forum for International Policy et du Scowcroft Group. Il a été conseiller sur la sécurité nationale des présidents Ford et George H.W. Bush. Depuis plusieurs mois, il milite au sein du Parti républicain contre la politique étrangère de George Bush fils. Daniel Poneman a été membre du National Security Council sous les présidents George H.W. Bush et Bill Clinton.

[RESUME] D’ici quelques semaines, la Corée du Nord pourra relancer son programme nucléaire et aura assez de plutonium pour construire cinq à six armes nucléaires, cette situation exige que nous agissions vite.
Pyongyang possède peut-être déjà une ou deux armes. Avec six de plus, il peut commencer à envisager une stratégie offensive ou à exporter. D’ici quelques années, il aura des douzaines de bombes au plutonium et peut-être même à l’uranium. Ces circonstances pousseraient alors la Corée du Sud et le Japon à se doter d’armes nucléaires et les autres pays d’Asie à renforcer leurs arsenaux. En outre, si la Corée du Nord continue de vendre ses armes non-conventionnelles aux plus offrants, il est possible qu’Al Qaïda finisse par figurer parmi les acheteurs.
Face à cette situation, le temps presse, mais les États-Unis se concentrent sur l’Irak. Nous devons rapidement prendre les mesures suivantes :
- Affirmer à Pyongyang que nous ne tolérerons pas que le centre de Yongbyon soit relancé et que, même si une attaque militaire est la dernière des options, nous serons intraitables sur la question.
- En échange de l’arrêt du programme nous sommes prêts à discuter avec la Corée du Nord de sa sécurité et de lui donner des garanties.
- Il faut également pousser Pékin, Séoul, Tokyo et Moscou à soutenir la politique états-unienne de mettre la pression sur la Corée du Nord.
Si nous n’appliquons pas cette stratégie, nous ferons entrer l’Asie dans une course aux armements et nous offrirons aux pires ennemis de l’Amérique la possibilité de s’équiper en armes nucléaires.

« Un mauvais élément »

A Bad Element
New York Times (États-Unis)

[AUTEUR] Robert F. Kennedy Jr. est avocat de la Natural Resources Defense Council au cabinet Keppler associates.

[RESUME] La communauté environnementale n’est pas emballée par l’idée de George W. Bush de dépenser un milliard de dollars pour développer une voiture qui fonctionnera à l’hydrogène afin de diminuer la dépendance du pays vis-à-vis du pétrole du Proche-Orient. En effet, le plan de Bush ne prévoit pas de produire l’hydrogène à partir de l’eau grâce à l’énergie éolienne ou solaire, mais avec du gaz naturel ou des centrales nucléaires. Le plan consiste donc à une diminution des investissements publics dans les énergies renouvelables.
Dans le même temps, l’administration Bush a brisé tous les efforts pour pousser à la construction de voitures consommant moins d’essence. Pourtant, une telle politique permettrait d’économiser deux millions de barils par jour d’ici 2012 et 5 millions de barils par jour d’ici 2020, c’est-à-dire prés de deux fois notre consommation pétrolière en provenance du Golfe.
Nous avons un problème de pollution de l’air, nous avons un problème de sécurité énergétique et nous avons la technologie pour résoudre ces deux problèmes, encore faudrait-il que nous ayons la volonté de l’utiliser.