Nous sommes favorables à une résolution du problème chypriote sur la base du projet de Kofi Annan. Nous souhaitons qu’il soit entériné par un référendum qui aura lieu avant le 1er mai [1].D’après ce que m’a dit M. Romano Prodi, une solution à la question chypriote devrait avoir un impact favorable à l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne qui se négociera au sommet de décembre 2004. Nous continuons à faire des efforts pour adhérer à l’Union européenne et pour mener des réformes, mais que nous parvenions à adhérer ou non, nous continuerons car ce sont des réformes qui bénéficient aux Turcs.
Au Proche-Orient nous craignons qu’un éclatement de l’Irak sur des bases ethniques ou religieuses sectaires n’ait un impact négatif sur la Turquie, la Syrie et l’Iran. Nous ne pensons pas que la route suivie par les Kurdes d’Irak dans le Nord du pays soit la bonne : exercer la domination d’une ethnique sur une autre n’est pas juste et met en danger l’unité de ce pays. Par ailleurs, les Kurdes ne doivent pas garder les fruits des champs pétroliers de Kirkuk car ils appartiennent à tous les Irakiens. Nous souhaitons participer à la reconstruction de l’Irak et nous pensons que l’Iran et la Syrie ont aussi un rôle à y jouer. Par ailleurs, ce dernier pays souhaite reprendre les négociations avec Israël et la Turquie est prête à servir de médiateur.
Nous avons, avec la collaboration de la Syrie et de l’Iran, éclairci presque tous les points de l’enquête sur les attentats d’Istanbul. Les suspects ont affirmé connaître Al Qaïda, mais ne pas en faire partie. Si nous avons été attaqués, c’est parce que la Turquie est le symbole de la coexistence possible entre l’islam et la démocratie.

Source
Washington Post (États-Unis)
Quotidien états-unien de référence, racheté en août 2013 par Jeff Bezos, fondateur d’Amazon.

« Democracy And Islam Can Coexist », par Recep Tayyip Erdogan, Washington Post, 26 janvier 2004. Ce texte est adapté d’une interview accordée par le Premier ministre turc lors du sommet de Davos.

[1] NDLR : Le 1er mai, la partie grecque de l’île entrera dans l’Union européenne