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Le discours du président de la Banque mondiale lors du Forum de l’AGOA

Paul Wolfowitz : l’Afrique doit rester la priorité de la Banque mondiale

| Washington D. C. (États-Unis)
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Bien que l’Afrique soit un continent qui progresse sur la voie du développement économique, elle doit rester la priorité de la Banque mondiale si l’on veut qu’elle connaisse durablement la prospérité, a déclaré le président de la Banque mondiale, M. Paul Wolfowitz, le 7 juin lors d’une réunion sur les investissements organisée dans le cadre du Forum de l’AGOA (loi sur la croissance et les possibilités économiques en Afrique).

En dépit de certains progrès, a-t-il dit, il est regrettable de constater que, depuis vingt à vingt-cinq ans, l’Afrique représente une zone d’ombre alors qu’un grand nombre de pays en développement ont réussi à réduire la pauvreté.

« Il y a vingt ans, a-t-il dit, on comptait 150 millions de personnes vivant dans une misère extrême. De nos jours, ce nombre a doublé et représente quelque 50 % de la population de l’Afrique subsaharienne. C’est là un problème auquel tout le monde doit s’intéresser. » De telles statistiques n’illustrent pas un monde florissant, si tant de ses habitants sont à la traîne.

M. Wolfowitz a cependant indiqué qu’il partageait l’avis du président du Nigeria, M. Olesegun Obasanjo, selon lequel l’Afrique était un continent « en marche ».

Les progrès économiques qui ont lieu actuellement dans toute l’Afrique subsaharienne ne sont toutefois pas uniformes. « On peut trouver encore de nombreuses zones où règne la misère », a-t-il dit tout en regrettant que l’on n’accorde pas assez d’attention à la réussite de pays africains tels que le Rwanda.

« Le Rwanda est étonnant, a-t-il déclaré. Quelque 950.000 mille personnes y ont trouvé la mort pendant le génocide qui a eu lieu il y a un peu moins de dix ans. Depuis lors, le taux de croissance économique de ce pays est un bon 10 %. »

M. Wolfowitz a cité une femme d’affaires rwandaise qui était retournée dans son pays pour lancer une entreprise spécialisée dans la culture des fleurs et qui lui avait dit qu’elle était revenue « pour faire pousser de belles fleurs sur les cendres du génocide ».

Outre le Rwanda, a-t-il dit, on observe une amélioration des résultats en matière de gouvernance dans d’autres pays, tels que le Nigeria, « où un ancien commissaire de police se trouve en prison pour cause de corruption », et l’Afrique du Sud, où le vice-président du pays a été limogé non pas parce qu’il avait accepté un pot-de-vin, mais parce qu’il avait été estimé responsable de l’acceptation par un de ses collaborateurs d’un pot-de-vin.

Ceux qui suivent de près la situation en Afrique voient qu’il y a des différences dans les résultats obtenus par ses divers pays. « Au cours des dix dernières années, 15 pays africains ont eu un taux moyen de croissance supérieur à 5 % (...) notamment le Mozambique (8 %) et le Rwanda (10 %). » Il est nécessaire que ces taux de croissance se maintiennent d’une façon durable. En attendant, on observe certains progrès économiques dus en partie au fait qu’un nombre croissant d’Africains réussissent dans les affaires.

Il est clair que la création d’emplois, qui est l’un des objectifs de développement du Millénaire, tout comme la santé, l’enseignement et la réduction de la pauvreté, est essentielle au développement économique

Ce développement se heurte encore à des obstacles énormes. « Certains d’entre eux sont évitables (...) d’autres tout à fait inutiles et un grand nombre (...) sont dus à la réglementation héritée de la période antérieure », a-t-il dit en ajoutant : « Quelqu’un a pensé il y a trente ou quarante ans qu’il convenait d’exiger 55 permis pour créer une entreprise dans les pays africains. »

Il s’ensuit que lorsqu’on classe l’Afrique subsaharienne par rapport à d’autres parties du monde dont les pays ont un climat plus propice aux entreprises, ses résultats soient bien moins favorables. Sur les 155 pays faisant l’objet d’un classement, 7 des 10 pays qui ont le climat le moins propice aux entreprises sont africains. « D’un côté, c’est une mauvaise nouvelle, mais d’un autre côté c’est aussi une bonne nouvelle. En effet, un grand nombre de pays africains pourraient agir assez rapidement et assez facilement notamment pour se débarrasser d’une partie de leur réglementation gênante. »

M. Wolfowitz a cité, à cet égard, le cas du Burkina Faso, qui fait partie des 15 pays africains obtenant de bons résultats. Ce pays, a-t-il dit, réussit en dépit du fait que les frais de création d’une entreprise représentent une fois et demie le revenu annuel par habitant et sont plus élevés qu’aux États-Unis. C’est là quelque chose que l’on peut changer relativement facilement pour permettre au secteur privé de contribuer davantage à la croissance économique.

D’autres éléments tels que l’infrastructure sont plus difficiles à mettre en place et exigent plus de temps. C’est un domaine où la Banque mondiale s’emploie de nouveau à aider les pays africains, après avoir diminué sa participation pendant plusieurs années dans les projets d’infrastructure.

En conclusion, M. Wolfowitz a souligné une fois de plus que l’Afrique était un continent qui progressait et il a étayé son affirmation en citant le fait que le nombre de conflits armés y avait fortement diminué pour passer de 16 en 2002 à 6 à l’heure actuelle. « Six est encore un chiffre trop élevé, et chacun de ces conflits (...) constitue une tragédie et un obstacle énorme au développement », a-t-il dit en s’empressant d’ajouter que la diminution du nombre de ces conflits depuis cinq ans était cependant « très prometteuse ».

Il a également déclaré que le passé colonial des pays africains avait encore une incidence négative sur ces pays, mais que ceux-ci ne progresseraient guère en revenant sans cesse sur ce passé.

Paul Wolfowitz

Paul Wolfowitz Ancien ambassadeur en Indonésie à l’époque des massacres au Timor et vice secrétaire à la Défense états-unien au moment des guerres en Afghanistan et en Irak (2001-2005), Paul Wolfowitz est président de la Banque mondiale. Il a été membre du Project for the New American Century et ancien administrateur du Washington Institute for Near East Policy. Il fut l’auteur de la doctrine des frappes préventives.

 
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