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Durant un an, les F-18 US ont survolé la Syrie et l’Irak, mais ils ont oublié de bombarder Daesh.

La notion d’État, je l’ai toujours comprise d’une façon sérieuse, ce sont peut-être mes souvenirs romantiques et institutionnels des temps passés, mais l’État est un terme qui pour moi a toujours eu une consonance arrogante. Et ce n’est pas par hasard que nos hommes politiques ont l’habitude de dire que personne n’est plus fort que l’État. C’est précisément à cause de ça que j’ai cru qu’il s’agissait d’une blague quand on avait commencé à parler d’un État islamique. Un État, et en plus terroriste ! Il encaisse des impôts, il a sa propre monnaie, il a sa capitale, Rakka, il a des revenus quotidiens tout à fait convenables provenant de la vente du pétrole volé via le port turc de Ceyhan, malgré une décision existante du Conseil de sécurité des Nations Unies selon laquelle une telle vente est interdite. Il est vrai que le prix du baril est en dessous de 30 dollars, mais peu importe puisque ceci atteint surtout la Russie et son économie.

Et voilà, c’est un État islamique pareil qui est bombardé depuis un an par les États-unis, la France, le Qatar, l’Arabie Saoudite, la Jordanie, avec leurs avions de chasse et leurs drones les plus modernes, avec l’aide de tous les satellites et outils aéronautiques de surveillance et d’identification possibles et imaginables. Et un an après des bombardements pareils, arrivent les Russes —et ils sont en train de bombarder maintenant ce que les États-uniens avaient ardemment bombardé les mois passés. On pourrait donc penser que les Russes sont en train de bombarder les ruines issues des bombardements US. Mais voilà, en fait ce sont des complexes entiers de camps d’entrainement des terroristes, des nœuds de liaisons, des entrepôts, hangars, bunkers en plusieurs niveaux, des centres de commande, des tours de guet, des réservoirs de pétrole, des entrepôts avec une cinquantaine de chars, des positions d’artillerie, des ateliers, des usines des mines et explosifs. En fait, tout dont dispose une puissance militaire d’un État. Et dans notre cas, d’un État terroriste. Comme le dirait notre défunt commentateur sportif, Mladen Delić : « Mais comment est-ce possible, mes amis ! »

Vraiment, comment est-ce possible ? Comment est-ce possible qu’aucun média occidental ne se pose cette question ? En 1999 au Kosovo, dès que l’armée yougoslave allumait le moteur d’un char, un drone arrivait immédiatement, et derrière lui, les avions de chasse de l’Otan. Et tout cela dans les conditions d’une végétation et d’un relief très riches au Kosovo, où il était facile de tout masquer. En Syrie, les forces de l’État islamique se trouvent en montagnes, mais surtout dans les déserts, où l’aviation trouve les conditions climatiques parfaites pour cibler. Donc, comment est-ce possible que l’État islamique soit plus fort que les États-Unis pendant un an déjà ? Il ne s’agit pas de timbres postaux, même si je pense que les timbres de l’État islamique auront une valeur beaucoup plus importante pour les philatélistes que les timbres des États-Unis. Parce que la Poste US est nationalisée, pas privatisée.

Les avions russes doivent probablement cibler la Poste de l’État islamique maintenant afin de sauver la valeur des timbres postaux des États-Unis. Mais les médias US ont l’insolence de critiquer les Russes parce qu’ils ont osé bombarder ce que leur pays soit disant bombarde avec succès depuis un an, alors que sur le territoire de l’État islamique, tout est encore entier et intact. Même la Poste. Mais nos postes avaient été détruites en 1999. Donc, le droit exclusif de bombarder appartient aux États-uniens et à leurs équipes. C’est ce qu’on pourrait appeler l’immaculée conception…

Traduction
Svetlana Maksovic
Source
Politika (Serbie)