« Nous devons nous confronter à ces nouvelles menaces à notre sécurité »

We must confront these new threats to security
The Independant (Royaume-Uni)

[AUTEUR] Jack Straw est le ministre des Affaires étrangères britanniques. Cette tribune est extraite d’un discours prononcé à l’International Institute for Strategic Studies.

[RESUME] La quête d’une sécurité collective est l’un des objectifs diplomatiques les plus nobles que les hommes aient recherché. Avec la fin de la Guerre froide, nous avons une chance d’arriver à cet idéal, mais, ironiquement, alors que notre continent est enfin prospère et en paix, de nouvelles menaces émergent avec la prolifération des armes de destruction massive et le terrorisme international, dans les régions voisines.
De notre réponse à ces menaces dépend la stabilité du monde pour plusieurs générations. Cela nécessite une direction courageuse et une force militaire capable d’agir avant que nos cauchemars ne se réalisent. Nous savons, et regrettons, que nos actions entraînent la perte de vies innocentes, mais cela est nécessaire pour le peuple d’Irak, la stabilité du Proche-Orient, la crédibilité de l’ONU et pour défendre la loi et la sécurité internationale.

« Renverser de mauvais régimes ne nécessite pas d’excuses »

Toppling bad regimes needs no apologies
Gulf News (Dubaï)

[AUTEUR] Amir Taheri est journaliste iranien est rédacteur en chef du journal français Politique Internationale. Il est expert du cabinet Benador Associates à New York.

[RESUME] Dans une guerre, ce sont les politiques, pas les militaires, qui déterminent de la victoire ou de la défaite. D’après Kavus Voshmgir, un théoricien perse de la guerre du XIème siècle, il existe trois phases dans une guerre : la préparation matérielle, morale et politique (sans la quelle on ne peut combattre), le combat (la phase la moins importante) et la gestion politique du combat. Où en sont les États-Unis dans la guerre contre l’Irak ?
Pour Washington, la phase de préparation matérielle et morale est achevée. En revanche, la préparation politique relève de l’amateurisme. En effet, l’Amérique a été incapable de présenter des buts de guerre précis à l’opinion alors qu’il aurait été si facile d’expliquer que nous souhaitions renverser Saddam Hussein en raison des crimes qu’il a commis contre son peuple. Les atrocités commises par Saddam Hussein sont bien connues et même les fans de Saddam que sont Noam Chomsky et Jean-Marie Le Pen n’auraient pu le soutenir. En mettant l’accent sur le désarmement, l’administration Bush a permis à Chomsky, Le Pen et Haïder de protester contre cette guerre.
Alors que la guerre se rapproche, il est important de construire un puissant dossier en sa faveur en réaffirmant que cette guerre a pour but d’installer une démocratie en Irak. Renverser un régime odieux ne nécessite pas d’excuses.

« Non à la carte impériale ! »

Non à la carte impériale !
Le Figaro (France)

[AUTEURS] Gabriel Robin est ancien ambassadeur et ancien conseiller diplomatique de George Pompidou. Philippe de Villiers est député de Vendée et président du Mouvement pour la France

[RESUME] Plutôt que de se demander s’il faut ou non faire la guerre à l’Irak, certains préfèrent se demander s’ils préfèrent Bush ou Saddam Hussein, si l’Irak mérite qu’on divise l’Europe et l’OTAN, ou préfèrent s’en remettre à l’ONU et aux inspections comme si cela allait leur permettre d’éviter de faire un choix. Une autre catégorie attend d’être sûr de la culpabilité ou de l’innocence de l’Irak pour se prononcer. Malheureusement pour eux, les États-Unis ont pour l’instant été incapables de démontrer la culpabilité ou la menace qu’incarnerait Saddam Hussein, menace douteuse quand on pense qu’en douze ans l’Irak n’a pas réussi à abattre un avion américain qui le bombardait, et, par définition, l’innocence est indémontrable.
Pour se prononcer sur la question de la guerre en Irak, qui est une question politique, il faut donc en analyser ses effets prévisibles :
- La victoire militaire des États-Unis est certaine et se conclura par une occupation militaire.
- Les États-Unis seront maîtres du pétrole irakien.
- Comme le Koweit n’a rien à leur refuser, les États-Unis contrôleront le marché pétrolier sans dépendre ni de l’OPEP, ni de l’Arabie saoudite.
- La mainmise militaire américaine sur la région sera complète et exclusive et seules l’Iran et la Syrie y échapperont, au moins dans un premier temps.
- Cette mainmise, après l’élargissement de l’OTAN et la mise sous tutelle des Balkans apparaîtra comme une étape dans l’irrésistible ascension d’un empire à vocation universelle.
- Le monde deviendra binaire, il faudra être un vassal de l’empire ou un de ses opposants.
La guerre en Irak n’est pas un incident mineur, elle donnera le coup d’envoi à une révolution planétaire qui aboutira à la disparition de la souveraineté des États au profit de l’empire. La France ne doit donc pas se rendre complice de cette révolution.

« Vieille Europe - ou vieille Amérique ? »

Old Europe - or old America ?
International Herald Tribune (États-Unis)

[AUTEUR] Graham E. Fuller est un ancien vice-président du National Intelligence Council de la CIA. Il est collaborateur du Monde diplomatique.

[RESUME] Donald Rumsfeld a qualifié la France et l’Allemagne de « Vieille Europe », mais n’est-ce pas plutôt l’Amérique qui incarne des valeurs anciennes et l’Europe le monde à venir ?
La France et l’Allemagne après cinq siècles de guerre, dont deux guerres mondiales, sont en train de construire une politique étrangère commune et partagent déjà la même monnaie. L’Union Européenne est une expérience remarquable : la première construction d’un empire basé sur le consensus, le désir commun et des critères démocratiques, plutôt que sur la conquête et la contrainte. De son côté, l’Amérique essaye d’étendre son hégémonie, la « Pax Americana », en prétendant qu’il s’agit d’un « ordre nouveau » et que ceux qui s’y opposent ne sont que les tenants de l’ordre ancien.
Il faudra toujours un pouvoir capable d’affronter des hommes comme Saddam Hussein ou Kim Jong Il, mais il devrait être issu d’un communauté internationale de plus en plus intégrée. Ce n’est pas une utopie, regardez le chemin parcouru depuis un siècle. Je ne dis pas que les États-Unis ne doivent pas faire la guerre en Irak, mais en tout cas, ils ne doivent pas s’opposer aux forces de l’avenir.

« Amérique - soit ambitieuse après l’Irak »

America - be ambitious after Iraq
Jerusalem Post (Israël)

[AUTEUR] Daniel Pipes est directeur du Middle East Forum et auteur de Militant Islam Reaches America. Il est collaborateur de Benador Associates et a fondé Campus Watch une organisation dont le but est de soutenir la vision néo-conservatrice du Proche-Orient dans les universités états-uniennes. Voir à ce sujet, la dernière investigation du Réseau Voltaire : « Le Centre pour la politique de sécurité : les marionnettistes de Washington ».

[RESUME] Alors que certains se demandent si le Conseil de sécurité va suivre Washington dans son objectif de renverser Saddam Hussein, les dirigeants états-uniens assument le fait qu’il s’agit d’une guerre américaine et que la victoire sera américaine qui va permettre d’accroître les ambitions américaines dans les pays de langue arabe. Cette situation pose les bases d’un débat qui va dominer la politique étrangère états-unienne pour les décennies à venir : quel va devoir être le rôle des États-Unis dans le monde ?
Fouad Ajami a écrit un article dans le très libéral Foreign Affairs dans lequel il affirme que vue la situation du monde arabe, l’action unilatérale des États-Unis dans ces pays est justifiée puisqu’elle permettra d’y poser les bases de la modernité et de la réforme. Au contraire, l’ancien colonel Andrew J. Bacevich a écrit un article dans la conservatrice National Review ou il appelle Bush à se concentrer sur l’Irak et à ne pas tenter d’apporter la démocratie aux Arabes, population n’ayant aucune affinité avec ce régime. Bracevich préconise simplement de pousser les gouvernements arabes à changer leurs comportements.
Il faudrait rappeler à Bracevich qu’en 1945, le Japon n’avait pas plus d’affinité avec la démocratie que les pays arabes aujourd’hui. Il faut imposer la démocratie en Irak. On peut d’ailleurs noter que la présence de nos troupes a déjà eu un effet positif puisque l’Arabie saoudite est en train d’organiser pour la première fois de son histoire des élections législatives.
Cela montre qu’il nous faut être ambitieux et faire les efforts nécessaires pour transformer la région, ce dont même Colin Powell convient aujourd’hui.

« Les loyautés s’affaiblissent dans l’OTAN »

Se debilitan las lealtades en la OTAN
Clarin (Argentine)

[AUTEUR] Henry Kissinger est ancien secrétaire d’État et conseiller de sécurité national états-unien. Il est président démissionnaire de la Commission d’enquête indépendante sur le 11 septembre. Il est président de Kissinger Associates

[RESUME] La question du désarmement de l’Irak a entraîné la crise la plus grave de toute l’histoire de l’OTAN. Aujourd’hui, si les États-Unis cèdent aux menaces de la France ou si l’Irak, encouragé par les actions de nos alliés, évite de se désarmer, le résultat sera catastrophique pour l’alliance et l’ordre international.
Cette crise trouve ses fondations dans celle de Suez de 1956. À l’époque, la France et le Royaume-Uni, qui se voyaient encore comme des puissances mondiales, voulaient combattre le président égyptien Nasser et demandaient le soutien des États-Unis. Pour cela, ils prétendaient que la chute de Nasser était une bataille de la Guerre froide. Les États-Unis estimèrent que cette guerre n’était motivée que par les intérêts coloniaux et impérialistes de Paris et Londres et s’opposèrent au recours à la force.
Washington, qui souhaitait quand même que le canal de Suez reste ouvert internationalement proposa sa médiation. John Foster Dulles négocia avec Nasser, proposant à l’ONU un plan auquel l’URSS opposa son veto. Exaspérés, la France et le Royaume-Uni partirent en guerre, mais furent sanctionnés par un vote de l’ONU durant lequel, pour la seule fois de toute l’histoire de la Guerre froide, les États-Unis et l’URSS votèrent ensemble. Paris et Londres durent renoncer.
Aujourd’hui la France et l’Allemagne estiment que ce n’est pas la guerre au terrorisme, mais des intérêts impérialistes qui motivent les États-Unis en Irak. Ils veulent éviter la guerre en passant par l’ONU. Pourtant les conséquences de la non-intervention à Suez ne furent pas positives : Nasser fut équipé par les Soviétiques, envahit le Yémen, présenta la nationalisation du canal de Suez comme un succès personnel. Il parvint à faire tomber les gouvernements pro-occidentaux au Proche-Orient et prépara l’attaque d’Israël en 1967. De son côté, l’URSS, encouragée par les divisions des alliés, posa un ultimatum sur Berlin en 1958 et commença à menacer la France et le Royaume-Uni avec des armes nucléaires.
L’histoire ne se répète pas totalement et la menace de terroristes équipés d’armes de destruction massive est plus insidieuse que celle d’un tiers monde radicalisé et possédant des armes soviétiques. Les alliés européens se servent des arguments d’hier des États-Unis comme d’une vengeance de Suez, mais aujourd’hui le monde a changé.
Hier, les États-Unis étaient en mesure de remplacer la France et le Royaume-Uni pour éviter que la situation ne dégénère. Aujourd’hui, l’Allemagne et la France sont incapables de proposer une alternative à la politique américaine si la situation se termine mal. Les principes doivent donc évoluer. L’OTAN ne pourra survivre que si les nouveaux principes et impératifs du monde sont compris par les différents dirigeants de l’alliance.

« La présidence à deux têtes »

La présidence à deux têtes
Le Monde (France)

[AUTEUR] Robert Badinter est ancien ministre de la Justice français et ancien président du Conseil constitutionnel. Il est sénateur (PS) des Hauts-de-Seine.

[RESUME] La convention européenne voit s’affronter en son sein deux tendances : les « souverainistes » veulent que le pouvoir reste aux États, tandis que les « communautaristes » veulent un renforcement des institutions européennes. C’est de l’accord de ces deux tendances dont dépendra l’issue de la Convention.
La France a une approche plus souverainiste et l’Allemagne plus communautariste. C’est dans l’opposition de ces deux approches que leur contribution aux travaux de la convention trouve sa source. Le texte propose que le président de la Commission européenne soit élu par le Parlement européen et soit donc l’émanation de la majorité qui se constituera au Parlement. Le Conseil européen conservera le pouvoir de donner les grandes orientations de la politique européenne et rompra avec le système de présidence tournante, inefficace et inadaptée pour une Union Européenne à vingt-sept membres, malgré l’attachement que lui portent les nouveaux pays entrant et les petits pays. Le Conseil européen aurait donc lui aussi un président élu par le Parlement européen pour cinq ans, sur proposition du Conseil européen. Sa mission serait d’incarner l’Union Européenne à l’étranger avec l’aide du ministre des Affaires étrangères de l’Union, de préparer et d’animer les réunions du Conseil européen et de veiller à l’exécution des décisions.
Le projet franco-allemand pose malheureusement un grave problème en raison de la proximité des compétences entre ces deux présidents et il y a un risque de blocage. Il est nécessaire d’amender le projet franco-allemand en ne faisant du président de l’Union Européenne qu’un simple magistère symbolique et moral qui donnera un visage à l’Union alors que le pouvoir ira dans les mains du président de la Commission.