« Pas de mandat pour faire la guerre »

No mandate to go to war
Guardian (Royaume-Uni)

[AUTEUR] Andrew Murray est président de la Stop the War Coalition qui organise la manifestation de Londres de demain avec Campaign for Nuclear Disarmament et la Muslim Association of Britain.

[RESUME] Comme le démontrera la grande manifestation de demain, la guerre en Irak n’est voulue que par le seul Tony Blair au Royaume-Uni, pas par la population. Cela fait un an que le Premier ministre essaye de convaincre la population du bien-fondé de cette guerre et qu’il échoue. Il a fini de se décrédibiliser en plagiant la thèse d’un étudiant pour présenter les conclusions des « services de renseignements britanniques ». Si en un an, il n’a pas réussi à convaincre les citoyens, il n’a tout simplement pas le droit de faire la guerre.
La politique de Bush a déjà détruit la cohésion de l’OTAN, brisé le rêve d’une politique étrangère européenne commune et cassé la structure du droit international en vigueur depuis 1945. Combien lui faudra-t-il de temps avant de désigner la France comme un « État voyou » et de donner à Gerhard Schröder sa carte de membre de « l’Axe du Mal » ? Il est devenu évident que les États-Unis veulent faire la guerre à tout prix et qu’aucun moyen de résoudre la crise pacifiquement ne sera pris en compte.
Aussi quand Tony Blair affirme qu’il veut un deuxième vote du Conseil de sécurité en faveur d’une guerre en Irak, ce n’est pas par respect de cette institution, qu’il a dévalué par ses déclarations, mais pour calmer ses opposants. Une résolution en faveur de la guerre ferait perdre ce qui lui reste d’autorité morale au Conseil de sécurité puisqu’il cèderait à l’intimidation.
Demain, le monde dira non à la guerre, partout. Toutefois, c’est à Londres que la manifestation sera la plus importante car elle permettra de briser l’un des meneurs de la guerre.

« La Grande Bretagne a trouvé son rôle : être le principal allié des États-Unis »

Britain has found its role - to be America’s principal ally
Daily Telegraph (Royaume-Uni)

[AUTEUR] Lord Conrad Black of Crossharbour est président du Telegraph Group et propriétaire du Jerusalem Post.

[RESUME] Depuis le 11 septembre, les États-Unis sont en guerre contre le terrorisme ; terrorisme dont l’Irak est un des principal soutien. Les méthodes d’endiguement contre l’Irak ayant toute échouées, il faut organiser le changement de régime à Bagdad.
L’Amérique n’a pas agit unilatéralement comme on l’entend souvent. Elle est passée par l’ONU, organisation devant laquelle George W. Bush a prononcé un discours le 12 septembre. Ceux qui affirment vouloir renforcer l’ONU, l’affaiblissent surtout en plongeant la seule nation capable de faire respecter la loi internationale dans les chicaneries du Conseil de sécurité. L’attaque contre l’Irak ne sera pas une guerre préventive, ce sera une réponse à douze ans de violations des décisions de l’ONU et de soutien de Bagdad au terrorisme. La lutte contre la politique états-unienne n’est en réalité que de l’anti-américanisme associé à une sur-légitimisation de l’ONU, une organisation où des dictatures corrompues jouent désormais des rôles clés.
L’Europe est une construction formidable, mais elle n’a pas de cohérence internationale. Le Royaume-Uni doit donc entretenir des relations avec l’Europe et avec les États-Unis et c’est une posture diplomatique que Tony Blair a courageusement adopté malgré la colère de son camp.
Le Royaume-Uni est l’allié des États-Unis, un pays qui n’a pas de leçon de moralité à recevoir de la France et de l’Allemagne, qui a donné au monde la SDN et l’ONU et qui défend la liberté individuelle. Washington n’écoute aucun pays autant que la Grande-Bretagne et c’est ensemble, après l’Irak, que nous viendrons à bout des difficultés du monde :
- Nous construirons une vraie doctrine des frappes préventives qui sera acceptée par tous.
- Nous lutterons contre le sous-développement dans le monde.
- Nous résoudrons le conflit palestinien.
- Nous moderniserons l’ONU, l’OTAN et, dans l’idéal, l’Union Européenne.
Le rôle du Royaume-Uni dans le monde doit être celui du partenaire des États-Unis afin d’amener la liberté et la croissance économique dans le monde. Il vaut donc mieux continuer à être jalousés pour nos succès aux côtés des États-Unis que de suivre des gouvernements faibles, couards et ingrats.

« Un monument d’hypocrisie »

A monument to hypocrisy
Al-Ahram Weekly (Égypte)

[AUTEUR] Edward Saïd est un essayiste palestinien et professeur à l’Université de Columbia à New-York (Son site).

[RESUME] Colin Powell avait déjà atteint un sommet d’hypocrisie avec son rapport à l’ONU, mais le discours de Munich de Donald Rumsfeld est allé encore plus loin. Si George W. Bush et ses conseillers croient être en contact avec Dieu, ou au moins « la providence », et qu’il est donc impossible de discuter avec eux, Rumsfeld et Powell semblent, eux, être issus d’un monde séculier. C’est pourquoi, ils méritent qu’on s’attarde sur leur action après avoir posés quelques éléments préliminaires :
- Pour les États-Unis, il n’y a pas d’autres voies que la guerre.
- L’Irak est extrêmement faible et n’est une menace pour personne.
- Personne n’a demandé aux États-Unis de venir démocratiser le Proche-Orient et personne n’est moins capable de la faire que Richard Perle, le conseiller de Netanyahu qui a préconisé l’invasion des territoires palestiniens et l’expulsion de la population arabe.
- Il existe dans le discours de Powell, malgré sa faiblesse et ses preuves fabriquées, un élément réel : les droits de l’homme ne sont pas respectés en Irak.
Colin Powell en tant que secrétaire d’État états-unien devrait défendre la position et les valeurs de son pays partout dans le monde. Pourtant, s’il défend les droits de l’homme en Irak, il laisse faire les mêmes atrocités en Israël contre les Palestiniens. Pire, Tsahal est armée, équipée et soutenue par les États-Unis. Bush reproche à l’Irak les violations des résolutions de l’ONU, mais oublie les 64 résolutions de l’ONU non respectées par Israël.
Je suis surpris que personne ne soulève cet argument, pas même la France et l’Allemagne. Les pays arabes ne disent rien non plus car leurs dirigeants ont peur de leur population et ne tiennent que grâce aux aides financières et au soutien de Washington. Dans ce tableau, il n’existe qu’un élément noble : la mobilisation internationale contre la guerre qui se fait entendre avant que la guerre ait commencé et pas pendant, comme c’est malheureusement presque toujours le cas. Ce grand mouvement s’organise internationalement et c’est à nous, Arabes, de lier l’opposition à la guerre à la défense des Droits de l’homme en Irak, en Palestine, en Israël, au Kurdistan et ailleurs.
Il ne faut pas rester silencieux face à une guerre qui fera tomber sur la population trois à cinq mille bombes par jour. Combien de temps allons nous tolérer l’attitude de Bush et Sharon envers la population non-blanche du monde ?

« Beaucoup de responsabilités en plus de l’Irak »

Lots of concerns beside Iraq
International Herald Tribune (États-Unis)

[AUTEUR] Shashi Tharoor est romancier et vice-secrétaire général de l’ONU pour la communication et l’information publique.

[RESUME] Pour nous, dont le travail et de sensibiliser l’opinion internationale aux problèmes de la planète et aux enjeux d’aujourd’hui, la situation ne pourrait pas être pire. Alors qu’une large partie de la population du monde a besoin de l’ONU pour surmonter les difficultés que posent le réchauffement de la planète, la misère et le SIDA, les médias ne parlent que de l’ONU face au problème irakien.
L’ONU doit agir en Côte d’Ivoire et au Congo où règne la guerre civile. Elle s’occupe de 20 millions de réfugiés dans le monde, lutte contre la propagation du SIDA et pour atteindre les autres enjeux définis lors de la conférence du millénaire en septembre 2000. Il n’y a que l’ONU qui peut trouver des solutions à ces problèmes, mais pour être efficace notre organisation a besoin de l’aide des personnes ordinaires. Malheureusement, l’opinion publique n’entend parler que de l’Irak et ne connaît rien des autres problèmes de la planète.
Il faut tout faire pour que l’ONU cesse d’être rabaissée au rang d’une organisation réduite à la gestion d’un seul problème.

« Un avertissement au sujet de l’Irak, de la part d’un ami »

A Warning on Iraq, From a Friend
New York Times

[AUTEUR] Jean-David Levitte est ambassadeur de France aux États-Unis.

[RESUME] Quand on lit la presse des deux côtés de l’Atlantique, on a l’impression que ce sont la France et les États-Unis qui sont en guerre.
Pourtant, pour les Français, la France et les États-Unis sont amis depuis le début de la guerre d’indépendance et mes compatriotes sont attachés à cette amitié. La France est aux côtés des États-Unis en Afghanistan et c’est la France qui fournit le plus de troupes à l’OTAN. Mais les sondages sont cependant clairs, les Français ne veulent pas de la guerre en Irak et ils partagent ainsi l’opinion de tous les peuples européens, même si les gouvernements ne sont pas unis.
Il y a trois raisons à l’opposition des Français à la guerre :
- Les Français considèrent que la vraie menace est Al Qaïda et il n’existe pas de liens évidents entre l’Irak et cette organisation.
- L’Irak a été largement désarmé entre 1991 et 1998 et incarne une moins grande menace que la Corée du Nord.
- Ils craignent les conséquences de la guerre. Ils ne pensent pas qu’une démocratie puisse être créée avec des bombes et redoutent qu’une guerre offre des capacités de recrutement à Al Qaïda et envenime les relations israélo-arabes.
Il faut poursuivre les inspections et les renforcer. Saddam Hussein doit être poussé à la coopération active, mais la guerre doit rester la dernière des options.

« Faut-il aider la Turquie ? »

Faut-il aider la Turquie ?
Libération (France)

[AUTEUR] Kendal Nezan est président de l’Institut kurde de Paris

[RESUME] Il faut reconnaître à Saddam Hussein le don de savoir diviser ses adversaires : il est parvenu à diviser le Conseil de sécurité et l’OTAN et a renvoyé l’Union Européenne au statut de simple zone de libre-échange qu’elle prétendait avoir quitté. Cela n’empêche pas, toutefois que la France et ses alliés ont eu raison d’opposer leur veto à la demande d’aide de la Turquie inspirée par Washington.
En effet, Ankara n’est pas menacé par Bagdad, mais se prépare à envahir le Kurdistan irakien depuis des mois et a amassé 80 000 hommes près de la frontière pour briser la jeune démocratie kurde. Cette dernière, choquée, a déjà fait savoir qu’elle lutterait par tous les moyens pour sa survie. Bien que manquant de moyens, l’UE doit réagir. Elle doit refuser de couvrir les arrières d’Ankara pendant que l’armée turque ira pratiquer son sport favori : « casser du Kurde ». Il faut aussi prévenir la Turquie qu’une invasion du Kurdistan sonnerait le glas de ses ambitions européennes.
Une invasion turque du Kurdistan pourrait susciter une réaction de l’Iran et entraînerait l’OTAN dans un conflit avec Téhéran dont rêvent sans doute les faucons du Pentagone. Le seul moyen d’éviter cette catastrophe, c’est de cesser de se protéger derrière le droit international pour laisser en place Saddam Hussein . Il faut construire une coalition internationale qui le renverse et construise un après-Saddam plus convaincant que celui des Américains qui veulent sous-traiter à la Turquie la libération du Kurdistan irakien.
La dictature de Saddam Hussein a fait deux millions de morts. Les Irakiens pourraient accepter quelques milliers de sacrifices de plus si une action sous l’égide de l’ONU leur assurait la paix et la liberté.

« Sur terre et dans le ciel : les leçons pour Tempête du désert II »

By Land and by Sky : Lessons for Desert Storm II
Los Angeles Times (États-Unis)

[AUTEUR] Charles A. Horner est ancien général de l’US Air Force. Il a été le commandant en chef des opérations aériennes états-uniennes et alliées pendant les opérations Bouclier du désert et Tempête du désert.

[RESUME] L’opération Tempête du désert nous apprend beaucoup sur la façon dont nous devrons procéder dans quelques semaines.
En 1991, nous savions comment fonctionnait la défense aérienne irakienne et nous avons donc attaqué ses centres de commandement et de communication afin que les pilotes irakiens soient incapables d’utiliser leurs capacités. Cependant, notre approche d’alors avait pour objectif de libérer le Koweït, pas de changer le régime. En 1999, au Kosovo, notre stratégie a été de viser le pouvoir politique et économique de Slobodan Milosevic en frappant les usines appartenant au dirigeant serbe et à ses complices. Le Kosovo n’a donc pas eu besoin d’être reconstruit puisqu’il avait subi peu de dommages. En Irak, cette fois ci, nous pourrons employer une troisième méthode qui consistera à isoler Saddam Hussein de la base de son pouvoir, la garde républicaine, en coupant les moyens de communication grâce à des frappes aériennes et par des opérations spéciales.
Pendant le conflit, nous appliquerons notre stratégie d’alliance des frappes aériennes et des avancées au sol. Nous affaiblirons largement l’armée irakienne avant qu’elle ne puisse frapper nos troupes aux sols, mais nous ne frapperons pas les unités voulant se rendre. Dans le combat rapproché, nous utiliserons notre avantage technologique pour éviter de faire trop de destructions civiles. Nos troupes devront également être équipées de protections contre les armes chimiques et biologiques au cas où on ne parviendrait pas à convaincre les Irakiens que l’utilisation d’armes de destruction massive aurait de terribles conséquences pour eux.
Nous devrons protéger les puits de pétrole et il faudra convaincre les population qu’après la guerre, la reconstruction du pays dépendra du pétrole. Il ne faut donc pas qu’ils incendient leurs installations. Il faudra aussi convaincre les Irakiens de ne pas résister, mais plutôt de renverser le régime. Il faudra donc utiliser largement la radio et la télévision.
C’est l’aviation qui permettra de gagner la guerre, mais ce sont les troupes au sol qui seront déterminante après les combats.