« L’Ouest ne doit pas gagner la guerre pour seulement perdre la paix »

The West must not win the war only to lose the peace
The Daily Telegraph (Royaume-Uni)

[AUTEUR] John Major est ancien Premier ministre conservateur britannique (1990-1997). Il travaille aujourd’hui au sein du Carlyle Group, la société de gestion de portefeuille des familles Bush et Ben Laden

[RESUME] Il est humain de s’opposer à la guerre, mais après douze ans de tromperies de Saddam Hussein, nous sommes obligés d’agir. Plus nous attendons, plus Saddam Hussein devient dangereux.
Il est évident que les États-Unis gagneront la guerre, vu leur puissance militaire, mais il existe cependant des risques à court et à long terme. Saddam Hussein pourrait utiliser ses armes de destruction massive contre l’Arabie saoudite ou Tel-Aviv s’il se sent perdu. Il pourrait également les donner à des groupes terroristes. Il pourrait aussi détruire les installations pétrolières irakiennes ou celles du Koweït et de l’Arabie saoudite.
Il faut aussi, après la guerre, empêcher les règlements de compte entre communautés. Le maintien de la paix en Irak sera difficile. Il faudra préserver l’intégrité territoriale et réfléchir au type de gouvernement à mettre en place. En effet, un autre homme fort ne serait pas différent de Saddam Hussein, mais une démocratie à l’occidentale conduirait, à cause du vote communautaire, à l’arrivée des Chiites au pouvoir. Cela créerait un Irak Chiite à côté d’un Iran Chiite développant les ambitions de cette communauté pour dominer le Golfe.
Gagner la paix sera donc difficile et, vu la méfiance du monde vis-à-vis de l’action anglo-américaine, il est important d’avoir un plan d’après guerre efficace qui répondra rapidement aux besoins irakiens.

« Les dividendes du délai »

The Dividends of Delay
Los Angeles Times (États-Unis)

[AUTEUR] William M. Arkin est analyste en questions militaires, rédacteur du site The U.S. Military Online. Il est chroniqueur du Los Angeles Times.

[RESUME] Grâce à la France, à l’Allemagne, à l’OTAN et à la Turquie, à l’ONU et aux mouvements protestataires, quand la guerre en Irak commencera les États-Unis auront un bien meilleur plan de bataille et une bien meilleure stratégie politique. En effet, le temps accordé par les négociations a permis à l’armée de faire venir plus de troupes dans le Golfe et d’abandonner ainsi les plans les plus fantaisistes guidés par l’urgence. Bien que les faucons ne le reconnaissent pas, la diplomatie leur a permis d’éviter de sérieuses erreurs de planning et de stratégie militaire et politique.
A l’origine, les officiels du Pentagone avaient élaboré une stratégie basée sur l’aviation et les actions spéciales, appuyées par une forte campagne de guerre psychologique pour retourner la population. Aujourd’hui, l’élément central est le déploiement de larges forces en Irak et les troupes sont mieux préparées. De plus, les bombardements dans la zone d’exclusion aérienne des moyens de communication ont permis de créer de larges zones coupées de Bagdad, ce qui a affaibli l’armée irakienne et l’a démoralisée. Enfin, les inspections ont permis aux États-Unis de remettre à jour leurs cibles en territoire irakien.
Le 12 février, Colin Powell a donné aux pays arabes, le meilleur argument qu’il pouvait trouver pour les convaincre d’aider les États-Unis : Washington diminuera sa présence au Proche-Orient après la défaite de Saddam Hussein. Les pays voisins de l’Irak ont donc donné leur accord tacite à la guerre et les opérations spéciales sont menées depuis la Jordanie pendant que l’Arabie saoudite a autorisé l’aviation états-unienne à utiliser ses bases.
L’administration Bush comprend mieux le terrain irakien et cela peut lui profiter pour mener la guerre tout en gardant à l’esprit le futur de l’Irak.

« Plans d’attaques »

Plan of attack
The Times (Royaume-Uni

[AUTEUR] Concepteur d’une théorie originale des relations internationales qui affirme la prééminence de la géoéconomie sur la géopolitique, Edward N. Luttwak est membre du National Security Study Group du département de la Défense des États-Unis. Il est également membre du Center for Strategic and International Studies.

[RESUME] Les bombardements qui auront lieu pendant les 48 premières heures de la guerre contre l’Irak n’auront pas de précédents historiques par leur importance et détruiront les moyens de communication irakiens, laissant l’armée irakienne aveugle. Ces deux premiers jours seront l’application de la stratégie du « shock and awe ». Cette campagne aura autant d’effet qu’en ont eu les trois semaines de bombardement de la première Guerre du Golfe.
Cette offensive aérienne sera suivie d’une course vers Bagdad. En effet, pour George W. Bush et ses conseillers, plus vite on verra des images de foule en liesse acclamant les libérateurs, moins les effets négatifs d’une guerre unilatérale seront importants. La principale offensive partira du Koweït et se dirigera vers Bagdad. Elle sera peut-être appuyée par des troupes héliportées qui seront conduites aux abords de la capitale. Une seconde offensive aura pour objectif de prendre Bassora, la deuxième ville d’Irak, afin de décourager les Iraniens de mener une attaque opportuniste pour prendre cette zone. Enfin, une troisième offensive traversera le Kurdistan en direction de Bagdad en prenant la route la plus difficile. Il faut cependant, pour cela, que la Turquie donne son accord pour faire transiter le matériel sur son sol. Faire trois offensive séparées représente un risque en raison de la faiblesse numérique des troupes dans les trois groupes, mais il est compensé par la suprématie aérienne états-unienne.
Il existe une théorie populaire qui affirme que Saddam Hussein va laisser entrer les troupes anglo-états-uniennes dans Bagdad avant de les y coincer et de les forcer à mener une guerre lente et meurtrière en prenant Bagdad rue par rue. Pour cela, il faudrait qu’il parvienne à convaincre la Garde républicaine, pas si fidèle qu’on ne le dit, de s’enfoncer elle-même dans ce bourbier. Saddam Hussein pourrait certes faire appel à ses milices pour mener la bataille urbaine, mais ce sont des milices rurales ne connaissant pas Bagdad et, plus encore que sur un champ de bataille, il faut avoir des combattant entraînés et bien encadrés dans une bataille urbaine.
Peu d’observateurs pensent que Saddam s’en sortira, mais peut-être s’est il auto-convaincu qu’il était en mesure de vaincre les États-Unis à l’intérieur de Bagdad dans une bataille rue par rue ou qu’il a encore le soutien de son peuple.

« Comme le monde tourne »

As the world churns
Washington Times (États-Unis)

[AUTEUR] Oliver North est un chroniqueur régulier du Washington Times et il est fondateur et président d’honneur de la Freedom Alliance. Il a été un des hommes clés de l’Irangate, notamment de l’organisation et du financement par l’argent de la drogue des Contras au Nicaragua

[RESUME] Le fiasco en Irak ressemble de plus en plus à un mauvais feuilleton télévisé intitulé « Comme le monde tourne ».
Dans Le Prince, Machiavel observe que dans un conflit, les vrais amis d’un homme se battent avec lui et ses ennemis prônent la neutralité. La France a élevé la neutralité au rang de vertu et se permet de critiquer les pays d’Europe de l’Est qui soutiennent les États-Unis, allant jusqu’à menacer la Bulgarie et la Roumanie de ne pouvoir rejoindre l’Union Européenne, provoquant la réaction indignée de ces pays.
La France, l’Allemagne et la Belgique, pays que nous avons libéré sont aujourd’hui les pays les plus anti-américains alors que les anciens satellites de l’URSS sont à nos côtés. Messieurs Chirac et de Villepin ont réduit la diplomatie française à une guerre rhétorique contre les États-Unis et contre ceux qui ont combattus le communisme pendant que Jean-Paul Sartre et ses suivants lisaient Mao et Ho-Chi-Min dans les rues de Paris.
Nous nous passerons des troupes françaises. Nous avons suffisamment d’alliés courageux pour qui il est clair qu’il existe des preuves que l’Irak n’a pas respecté ses obligations. Le Conseil de sécurité ne fera rien, qu’attend George Bush pour agir ? Il n’est pas obligé de respecter le script de « Comme le monde tourne » et il peut exclure le personnage de Saddam du feuilleton.

« Les cinq péchés capitaux de la France concernant l’Irak »

France’s five cardinal sins over Iraq
International Herald Tribune (États-Unis)

[AUTEUR] André Glucksmann est philosophe et essayiste.

[RESUME] Les relations transatlantiques sont en train de tourner au divorce. Il est temps pour chacun d’examiner les responsabilités de son gouvernement.
Paris a commis cinq péchés cardinaux concernant l’Irak
- La démolition : Pour faire face aux pays européens qui soutiennent les États-Unis, Jacques Chirac a conclut une alliance avec Vladimir Poutine, ravivant ainsi la crainte des pays de l’Est ayant vécu trois siècle dans l’ombre de la Russie. Le vieux couple franco-allemand est en train de désunir l’Europe, affirmant parler pour vingt-cinq alors qu’ils ne parle que pour trois, et faisant preuve de l’arrogance et de l’unilatéralisme dont il accuse Washington.
- Le scandale moral : La France et l’Allemagne veulent incarner l’opposition morale à la paix, mais s’allient à la Russie, responsable de massacres en Tchétchénie, avec la Chine, la Syrie et la Libye. Pourquoi le « camp de la paix » attire-t-il des bouchers ?
- La démagogie contre la démocratie : La France et l’Allemagne s’appuient sur des mouvements de rues et des sondages d’opinion pour contester des gouvernements légitimement élus, comme le faisaient les staliniens se référant au « peuple ».
- L’impuissance : Cela fait douze ans que Bagdad ne fait que tromper le monde et gagner du temps. Favoriser les inspections permet simplement au dictateur de jouer ce jeu pour toujours.
- Attendre et ne pas voir : En invoquant le fait que Saddam Hussein n’est pas le seul dirigeant meurtrier sur terre, on tente de légitimer l’inaction face à une menace mondiale.
Paris et Berlin vivent sur un nuage ; ce qui ne veut pas dire que les stratèges américains sont infaillibles.

« La France s’oppose à toute nouvelle résolution »

La France s’oppose à toute nouvelle résolution
Le Figaro (France)

[AUTEUR] Dominique de Villepin est ministre des Affaires étrangères français et ancien secrétaire général de l’Élysée (1995-2002). Ceci est un résumé des idées exprimées dans une interview accordée au Figaro

[RESUME] Nous sommes toujours dans le temps des inspections en Irak et ce processus doit être un exemple pour l’avenir concernant le désarmement partout dans le monde. Entre 1991 et 1998, les inspections ont été très efficaces, mais il n’y en a pas eu entre 1998 et 2002. Ce trou doit aujourd’hui être rattrapé en renforçant les inspections, en fixant des échéanciers programme par programme et en insistant sur les interrogatoires de scientifiques. C’est uniquement si les inspecteurs ne pouvaient plus avancer qu’il faudrait avoir recours à la force. Ce n’est pas le cas, nous ne sommes pas dans une impasse, et nous sommes par conséquent opposés à une nouvelle résolution.
Nous voulons aider les inspecteurs à travailler. C’est pourquoi il faut accroître les pressions sur Bagdad en vérifiant toutes les infos recueillies et en éliminant les armements trouvés. Cette approche est souhaitée par une large part du Conseil de sécurité. Dès lors que ce type d’inspection est toujours dans le cadre de la résolution 1441, la France n’a pas à se demander si elle doit utiliser son droit de veto puisqu’une nouvelle résolution n’a pas lieu d’être.
La pression internationale a poussé l’Irak à coopérer et ce serait un grand succès pour George W. Bush de retirer ses troupes après un désarmement de l’Irak sans qu’il y ait eu un mort irakien ou américain. Le régime de Saddam Hussein serait toujours en place, certes, mais la communauté internationale demande le simple désarmement de l’Irak, pas le changement de régime ou le remodelage du Moyen-Orient. Il faut être prudent pour ne pas déstabiliser la région et nous ne pensons pas que la force puisse y amener la démocratie.
Aucun pays ne peut prétendre résoudre l’ensemble des crises dans le monde et il faut développer un monde multipolaire. Toutefois, notre souci n’est pas d’entrer dans une querelle avec les États-Unis, nous avons simplement des vues divergentes sur la question irakienne.

« La leçon française »

The French Lesson
New York Times (États-Unis)

[AUTEUR] Régis Debray est un ancien conseiller du président français François Mitterrand. Il est rédacteur des Cahiers de Mediologie.

[RESUME] Dans la crise actuelle, la Maison-Blanche ne prend pas en compte le fait que ses alliés européens ne sont pas des vassaux, mais des États indépendants ayant leur propre approche et jugement géopolitique.
Aujourd’hui, huit européens sur dix soutiennent la position franco-allemande et les États européens soutenant les États-Unis sont largement désavoués par leur opinion publique. En réaction, Washington a pris Paris comme bouc émissaire, mais la France n’a pas une culture d’État satellite et assume le droit de juger les questions internationales par elle-même, malgré le soutien aux États-Unis d’une bonne part de ses élites.
Les États-Unis peuvent bien sûr croire qu’un satrape cadavérique sous haute surveillance affecte ses intérêts nationaux et familiaux. Ils peuvent faire une guerre qui comblera les rêves de Ben Laden. Après tout, provoquer le chaos au nom de l’ordre et développer le ressentiment est la marque des empires et c’est ce qui les entraîne au déclin.
La « vieille » Europe a appris de son histoire que sa civilisation est la civilisation. Elle a appris la modestie, elle défend une vision laïque du monde, et ne sépare pas les considérations à long terme et les problèmes urgents. Les États-Unis ont, eux, une vision à court terme, laissant une large place à l’improvisation issue d’une certitude d’être guidée par la Providence. L’Europe n’a plus cette arrogance et a compris que le monde était trop complexe pour être réduit à une modèle binaire monothéiste.
Les États-Unis sont un pays entré technologiquement dans une ère post-moderne, mais véhiculant des valeurs archaïque et fondamentalistes.

« Cela ne doit pas être ce chemin »

It Didn’t Have to Be This Way
Washington Post (France)

[AUTEUR] Richard C. Holbrooke a été l’ancien ambassadeur des États-Unis à l’ONU et ancien sous-secrétaire d’État aux affaires européennes et canadiennes sous l’administration Clinton. Il a été l’envoyé spécial du président Bill Clinton à Chypre (1997-1999).

[RESUME] En ne parvenant pas à conserver son rôle de dirigeant politique et moral mondial, l’administration Bush s’est placée dans une mauvaise situation. Les États-Unis se sont enfermés dans des négociations à l’ONU alors qu’il existait déjà différentes résolutions pour justifier un recours à la force en Irak. La guerre bénéficie d’un soutien populaire extrêmement faible et va devoir être courte pour en minimiser les conséquences.
La stratégie des États-Unis ne repose que sur le domaine militaire et pas du tout sur les alliances. Washington a négligé la direction mondiale politique et morale qui est l’élément central de sa force. L’abandon de ce rôle a conduit à des tensions entre nous et nos plus proches alliés de sorte que Saddam Hussein croit désormais qu’il peut faire éclater la coalition et survivre.
En voulant faire passer une seconde résolution, qui a de fortes chances d’être rejetée, les États-Unis risquent de donner l’impression d’agir dans l’illégalité lorsqu’ils agissent en conformité avec toutes les autres résolutions. Le texte américain n’a une chance d’être accepté que si le rapport d’Hans Blix est très négatif.
En 1999, l’administration Clinton et l’OTAN avaient bombardé la Serbie pendant 77 jours sans l’accord de l’ONU, ce que l’administration actuelle n’ose pas faire alors qu’elle est réputée plus musclée et que le Saddam Hussein est pire que Milosevic.