« Souvenez vous de l’Afghanistan »

Remember Afghanistan
Washington Post (États-Unis)

[AUTEURS] Felice D. Gaer est présidente de l’U.S. Commission on International Religious Freedom et directrice du Jacob Blaustein Institute for the Advancement of Human Rights de l’American Jewish Committee. Michael K. Young est vice président de la Commission et doyen de la George Washington University School of Law.

[RESUME] Les États-Unis doivent rester attentifs aux évolutions de l’Afghanistan car dans l’indifférence ou avec le soutien de Washington, un système aussi répressif que celui des Talibans est en train de se mettre en place. La sharia continue d’être appliquée dans sa conception la plus discriminatoire :
- Les sévices corporels continuent d’être perpétrés.
- Des mesures coercitives sont prises par la police religieuse contre ceux qui ne se conforment pas strictement aux pratiques religieuses.
- La torture contre les prisonniers persiste.
- Les réfugiés qui veulent rentrer chez eux sont maltraités.
La nouvelle constitution doit garantir la liberté religieuse et l’égalité des droits entre hommes et femmes mais, à un mois de la Loya Jirga, rien n’a été résolu par le gouvernement Karzaï. C’est pourquoi, l’U.S. Commission on International Religious Freedom demande qu’un responsable à la promotion des Droits de l’homme soit nommé dans l’ambassade des États-Unis à Kaboul. Il faut faire comprendre au gouvernement Karzaï qu’il ne peut pas y avoir de paix durable sans respect des Droits de l’homme.

« Construire la paix »

Construire la paix
Le Figaro (France)

[AUTEUR] Jacques Barrot est président du groupe UMP à l’Assemblée nationale. Il est ancien ministre du Travail et des Affaires sociales (1995-1997).

[RESUME] La France peut être fière de l’action diplomatique présidentielle qui a su inspirer la résolution 1441 et tout entreprendre pour que la crise irakienne soit réglée au sein de l’ONU. Cette position est largement soutenue par le Parlement et par le groupe UMP.
Notre démarche n’est inspirée ni par de la naïveté - nous ne sous-estimons les dangers ni de la prolifération, ni de la dictature de Saddam Hussein -, ni par du pacifisme - nous assumons nos missions de maintien de la paix et nos responsabilités face aux menaces dans un monde incertain. Nous savons que les dictatures exigent un traitement ferme, mais nous ne partageons pas l’analyse de nos amis américains qui pensent qu’une démonstration de force en Irak permettra un remodelage du Proche-Orient ouvrant la voie à un cercle vertueux de diffusion des idéaux démocratiques. Il existe d’autres moyens de faire face aux menaces d’aujourd’hui et de demain et, sans exclure le recours à la force, nous pensons qu’il faut renforcer les inspections et mobiliser les opinions face à la prolifération. L’action unilatérale produira une recrudescence du terrorisme et pourra servir de prétexte à d’autres actions contestables d’États voulant s’en prendre à leurs voisins.
Nos différences de conception d’un nouvel ordre mondial ne doivent pas provoquer une cassure dans les relations entre démocraties. En effet, au lendemain de la défaite de Saddam Hussein, quel que soit le moyen qui aura été utilisé pour l’obtenir, il faudra organiser la paix par l’action conjuguée des démocraties.

« Blair donne une leçon de courage »

Blair gives lesson in courage
Japan Times (Japon)

[AUTEUR] David Howell est ancien ministre britannique et ancien président de la Commission des affaires étrangères de la Chambre des communes. Il est maintenant membre de la Chambre des Lords.

[RESUME] Tony Blair fait preuve d’une conviction inébranlable et bien qu’il ne parvienne pas à convaincre les millions de manifestants, les autorités anglicanes, son propre parti politique, les partenaires européens, le Pape et une large partie de l’opinion publique européenne, il persévère dans son action. Tony Blair est le seul dirigeant européen à soutenir la vision herculéenne de George W. Bush de croisade contre les États voyous. C’est pour cela que Tony Blair est prêt à envoyer les troupes britanniques dans le Golfe sans l’accord de l’ONU ou du Parlement britannique.
Pour lui, le risque politique est immense, mais il est prêt à risquer sa carrière politique parce qu’il est réellement convaincu du bien-fondé de son action. Il est certain que Saddam Hussein est maléfique, que la paix au Proche-Orient n’est pas possible tant qu’il dirige l’Irak, qu’il est au cœur d’un consortium terroriste et que chaque jour qu’il passe au pouvoir augment le risque d’attaque du type 11 septembre. Il n’a pas réussi à convaincre avec les mots, mais, par son action, il démontre sa grande qualité de dirigeant.

« Une dernière chance pour le désarmement »

Une dernière chance pour le désarmement
Le Figaro (France)

[AUTEUR] John Holmes est ambassadeur du Royaume-Uni en France.

[RESUME] Certains observateurs estiment que nous n’aurions désormais le choix qu’entre une Europe atlantiste ou une Europe puissance. On a tort de se braquer sur des positions si radicales à cause de l’Irak. Il n’existe pas de contradiction entre une Europe plus forte, plus unie et plus crédible et le maintien de bonnes relations avec Washington, notre principal allié. L’Europe puissance peut aussi être atlantiste et elle ne doit pas forger son identité dans l’opposition et la rivalité. Ne laissons plus l’Irak gâcher nos relations et nos institutions et posons nous la vraie question : le régime irakien nous nargue depuis douze ans, comment mettre fin à cette situation ?
Saddam Hussein n’a pas respecté la résolution 1441 et il est difficile de croire qu’après douze ans d’attente, quelques inspecteurs et quelques mois de plus vont permettre de régler la question. Il reste certes une petite chance qu’il coopère ou qu’il quitte l’Irak de son plein gré, et que nous évitions ainsi le conflit, mais malheureusement, il ne semble pas prendre cette direction et on ne peut s’attendre qu’à des demi concessions, qui disparaîtraient vite sans la pression militaire.
Comme beaucoup en Europe, nous ne voulons pas d’une guerre et nous en connaissons les conséquences. Il y a pourtant des moments où la guerre est un moindre risque. Tony Blair ne suit pas les États-Unis à l’aveuglette. Nous pensons que plus la communauté internationale fera preuve de cohésion, meilleures seront les perspectives de l’après-désarmement. Nous avons aujourd’hui, la possibilité de renforcer le Conseil de sécurité et de libérer les malheureux Irakiens.

« Des protestataires avec des mains dans le sang »

Protesters With Bloody Hands
Los Angeles Times (États-Unis)

[AUTEUR] Max Boot est membre du Council on Foreign Relations. Journaliste réputé dans les milieux économiques, il dirige la page éditoriale du Wall Street Journal. Il a publié The Savage Wars of Peace : Small Wars and the Rise of American Power. Il est expert du cabinet de relations publiques Benador Associates.

[RESUME] Suite aux manifestations du 15 février et voyant ses ennemis occidentaux divisés, Saddam Hussein a continué à ne pas coopérer avec les inspecteurs de l’ONU. Les manifestants ont donc rendu la guerre plus probable qu’elle ne l’était, ce qui historiquement est souvent le bilan des manifestations anti-guerre. Si on écoute les pacifistes, il y a toujours plus de sang que quand on ne les écoute pas.
Sans les protestations anti-guerre, le conflit de 1899-1902 aurait duré moins longtemps. Sans les protestations pacifistes, les États-Unis seraient entrés plus vite dans la Première Guerre mondiale, la boucherie aurait duré moins longtemps et l’après guerre aurait été plus stable. Dans l’entre-deux-guerres, sans les pacifistes, on aurait empêché le premier « Axe du mal » de se réarmer et on aurait pas encouragé le trio Tojo-Hitler-Mussolini. Si les manifestations contre le Vietnam sont vues comme un succès pour les pacifistes parce qu’elles ont mis fin à la guerre, on peut rappeler que pour les Vietnamiens et les Cambodgiens elle a surtout conduit à la paix de la tombe.
Si on avait écouté les manifestants contre l’installation des missiles Pershing II au début des années 80, l’Europe serait encore divisée et sous la coupe des communistes. Si on avait écouté les manifestants en 1990, l’Irak serait aujourd’hui une puissance nucléaire. Heureusement, George W. Bush et Tony Blair ne les écoutent pas.

« Ne pas s’engager avec la Corée du Nord, c’est comme lui remettre une arme chargée »

Not engaging N. Korea is like handing it a loaded weapon
Christian Science Monitor (États-Unis)

[AUTEUR] Rose Gottemoeller est membre du Carnegie Endowment for International Peace. Elle a été vice-secrétaire à l’Énergie pour la non-prolifération et la sécurité nationale sous l’administration Clinton.

[RESUME] La Corée du Nord pourrait avoir quatre armes nucléaires supplémentaires d’ici juin et les États-Unis traitent Kim Jong Il comme s’il était un dictateur maléfique. À mon avis, il est plutôt comme un enfant qui aurait réussi à prendre un fusil après avoir trouvé la clé de l’armoire où étaient rangées les armes et à le brandir à la fenêtre. Dans ce cas, l’une des solutions est d’abattre l’enfant, mais c’est pour le moins disproportionné. Il ne s’agit pas de chantage, mais d’un moyen d’obtenir l’attention du reste du monde, il faut donc discuter avec lui.
Il faut faire comprendre à la Corée du Nord qu’il y a d’autres moyens pour elle d’obtenir ce qu’elle veut, d’autant que ses demandes ne sont pas excessives, et qu’elle peut vivre sa vie autrement qu’en possédant des armes et en s’isolant du reste du monde. Nous devons donc augmenter l’assistance technique pour démanteler les capacités d’armement nord-coréennes, faire comprendre à Pyongyang qu’il existe d’autres moyens pour obtenir plus de sécurité, plus de développement économique et énergétique et fixer un cadre et pour les relations américano-nord-coréenne à venir.