« Les tentations du président »

The Tempting of the President
Weekly Standard (États-Unis)

[AUTEUR] Fred Barnes est rédacteur exécutif du Weekly Standard, la revue phare des néo-conservateurs états-uniens. Il est précisé que ce texte a été écrit au nom de tous les rédacteurs du journal.

[RESUME] L’ONU est une organisation dont la Libye préside la Commission des droits de l’homme et où la France essaye de limiter le pouvoir et le bon travail des États-Unis. C’est pour cette raison qu’il n’a pas été difficile à George W. Bush de résister à la tentation quand Tony Blair lui a demandé d’accorder à cette organisation un rôle majeur dans la reconstruction de l’Irak. Le président Bush va devoir également résister à quatre autres tentations à venir, plus difficile cette fois :
- Quitter l’Irak dès que possible : Malgré les demandes en ce sens des Européens, du département d’État et du Pentagone qui souhaitera redéployer ses troupes ailleurs, les États-Unis vont devoir rester plusieurs années en Irak pour stabiliser le pays.
- Faire une pause : Il faut au contraire profiter de la situation pour s’occuper de l’Iran, de la Syrie, et de l’Arabie saoudite.
- Faire pression sur Israël : Tony Blair va demander que le président Bush soutienne le « plan de route » mais il ne faut rien imposer à Israël tant qu’Arafat est au pouvoir.
- Être magnanime : Il ne faut pas tenter de nous réconcilier avec tout le monde. Il faut récompenser nos alliés et saper les moyens qu’à la France de nous nuire en cassant par exemple le G8 et en refondant une organisation dont Paris sera exclue.

[CONTEXTE] On trouvera sur le site de la revue De Defensa un commentaire de cette tribune, sous le titre : Demandez le programme de nos nouveaux maîtres.

« La guerre, le commerce et l’Europe »

La guerre, le commerce et l’Europe
Libération (France)

[AUTEUR] Bernard Maris est professeur d’économie à Paris-VIII et rédacteur en chef adjoint de « Charlie Hebdo ».

[RESUME] La guerre en Irak permet de renvoyer aux poubelles des idéologies les deux conceptions économiques du conflit armé, la marxiste (« Le capitalisme porte la guerre comme la nuée porte l’orage » disait Jaurès) et la libérale (« Les nations commerçantes ont des mœurs douces » disait Montesquieu).
En fait, le commerce et la guerre meuvent des passions différentes qui se cumulent. Les Américains sont à la fois de très bons commerçants et de très bons envahisseurs. La guerre en Irak n’a pas été une guerre du pétrole. Les États-Unis pouvaient avoir tout le pétrole irakien qu’ils voulaient au prix du marché et les « majors » américaines n’étaient pas très chaudes pour la guerre. Certes, George W. Bush et Dick Cheney sont issus de l’industrie pétrolière, mais s’ils avaient voulus baisser le prix du pétrole, ce que les « majors » ne veulent pas, il suffisait de lever l’embargo. Déjà l’accord « pétrole contre nourriture » permettait à Washington de contrôler la production hors des manigances de l’OPEP. C’est parce qu’on a eu peur que l’Irak se comporte comme une nation et non comme une commerçante qu’on a choisi de l’écraser.
La reconstruction de l’Irak peut certes entraîner une relance de l’économie américaine, mais les dépenses militaires vont s’ajouter au surendettement et ces dépenses sont supérieures aux revenus pétrolier irakien. En fait, la guerre d’Irak, comme toutes les guerres, propulse au premier rang la nation et met en avant la notion de puissance, notion qui n’a rien de mercantile. L’Europe s’est construite sur une base mercantile, sur l’abandon de cette notion. L’Europe de Jean Monnet est morte durant la guerre d’Irak, une nouvelle en naîtra peut-être.

« Repenser la notion d’ « ennemi » »

Re-thinking the idea of ’enemy’
Jerusalem Post (Israël)

[AUTEUR] Daniel Pipes est directeur du Middle East Forum et auteur de Militant Islam Reaches America. Il est collaborateur de Benador Associates et a fondé Campus Watch, une organisation dont le but est de soutenir la vision néo-conservatrice du Proche-Orient dans les universités états-uniennes. Voir à ce sujet, notre enquête : « Le Centre pour la politique de sécurité : les marionnettistes de Washington ».

[RESUME] Aujourd’hui, la domination militaire des États-Unis est telle que les règles des conflits ont changé. Cette modification s’étend à la notion d’adversaire et elles ne s’appliquent pas que pour les États-Unis, mais aussi pour Israël dans sa guerre contre les Palestiniens.
Autrefois, la nation adverse était diabolisée dans son ensemble. Aujourd’hui la distinction est établie entre les autorités du pays qui sont combattues et la population. Cela implique une transformation dans la façon de faire la guerre également puisque désormais on cherche à épargner les civils et on reconstruit le pays que l’on a combattu le plus vite possible. Dans le même temps, les terroristes d’Arafat, essayent eux de faire le plus de dégâts et de victimes civiles possibles.
Auparavant, chaque camp dans une guerre combattait pour ses intérêts nationaux alors qu’aujourd’hui, les guerres sont conduites pour aider la population de l’autre camp. La vieille notion d’intérêt national est donc fragilisée. Désormais la nationalité ne définit plus la loyauté. C’est cette perte de loyauté qui a entraîné la défaite états-unienne au Vietnam et celle de la France en Algérie et qui a conduit des Britanniques et des Américains à souhaiter la défaite de la Coalition, et beaucoup d’Irakiens à souhaiter sa victoire.
En résumé, ces transformations de la guerre doivent désormais nous faire analyser les guerres des États occidentaux contre des États non occidentaux comme des opérations de police, avec les gouvernements occidentaux dans le rôle de la police, les tyrans locaux comme des criminels et la population comme les victimes. Heureusement, les États-Unis et Israël ont des armées aptes à relever le défi de ces modifications.

« Le pouvoir de la liberté »

The power of freedom
Jerusalem Post (Israël)

[AUTEUR] Natan Sharansky est président et fondateur du parti Yisrael B’Alyia Anglos, membre de la coalition au pouvoir en Israël. Il est ministre de la Diaspora et de Jérusalem.

[RESUME] L’histoire de la libération du peuple juif et de son exode hors d’Égypte est rappelée de génération en génération pour que nous nous souvenions que la soif de liberté d’un peuple peut vaincre n’importe quel empire dans le monde. J’en ai fait l’expérience en URSS.
Ce pouvoir de la liberté a été oublié par beaucoup d’hommes politiques en Occident. Ces sceptiques préfèrent avoir une « approche réaliste », même si l’histoire montre que la plupart se sont trompés. Ces « réalistes » ont vu des personnalités telles que le sénateur Jackson et le président Reagan comme des hommes dangereux, alors qu’ils avaient compris le pouvoir de la liberté et qu’ils ont conduit à la chute de l’URSS.
A nouveau aujourd’hui , beaucoup de politiciens présentent la volonté d’apporter la démocratie aux Arabes comme de l’aventurisme, opposé au « réalisme » qui consiste à maintenir l’ordre en partenariat avec les dictatures arabes. C’est au nom de ce réalisme que les accords d’Oslo ont mis en place la dictature de Yasser Arafat et sa politique terroriste. Le président George W. Bush a expliqué que seule une démocratie en Palestine pourrait permettre la construction d’un État palestinien. Cette vision a, à nouveau, été présentée comme irréaliste.
Aujourd’hui, ce sont les Irakiens qui constatent la puissance de la liberté. Les dirigeants du monde libre doivent se convaincre que la tyrannie n’est pas inhérente à la condition arabe.

[CONTEXTE] Le sénateur Jackson négocia avec l’URSS le droit des juifs soviétiques à émigrer en Israël. Jackson se dota d’un cabinet qui comprenait les jeunes Franck Gaffney et Richard Perle. Voir à ce sujet, l’investigation du Réseau Voltaire : « Le Centre pour la politique de sécurité : les marionnettistes de Washington ».

« Les Jordaniens plaident en faveur des victimes irakiennes de la guerre »

Jordanian plea for Iraqi war victims
The Times (Royaume-Uni)

[AUTEUR] Rania de Jordanie est l’épouse d’Abdallah II de Jordanie, roi de Jordanie, et administratrice du Forum économique de Davos.

[RESUME] J’ai été touché que le Premier ministre Tony Blair ait affirmé qu’il ferait tout pour aider le jeune Ali, symbole des souffrances du peuple irakien.
Alors que les activités militaires arrivent à leur terme, de nombreuses ONG en Jordanie souhaitent entrer le plus vite possible en Irak pour s’occuper des blessés. Il faut pour cela que leur sécurité soit garantie et que des corridors aériens et terrestres soient mis en place pour évacuer les blessés les plus touchés.
Chaque minute compte. Plus nous irons vite, plus nous éviterons des souffrances inutiles. Je suis sûre que les forces de la coalition comprennent l’urgence de la situation et feront tout pour sauver des vies.

« Les Kurdes irakiens ne veulent pas l’indépendance »

Iraqi Kurds don’t want independence
The Independent (Royaume-Uni)

[AUTEUR] Latif Rashid est représentant de l’Union Patriotique du Kurdistan. Cette tribune est extraite d’un discours prononcé à la Chatham House à Londres.

[RESUME] Les Kurdes ont toujours été les victimes de l’État irakien. Cette situation a atteint son paroxysme avec Saddam Hussein qui a pratiqué un génocide contre notre peuple et a détruit tous les villages du Kurdistan, ne laissant que les trois principales villes de la région. Nous sommes heureux de voir tomber la dictature. Nous soutenons pleinement l’action de la coalition. Nous sommes surpris que certains pays ne les ait pas suivis.
Nous ne demandons pas la partition de l’Irak, mais la reconnaissance du peuple kurde dans un État fédéral, point qui a reçu l’agrément de la majorité des mouvements d’opposition irakien. Nous nous considérons comme des Kurdes irakiens et nous resterons intégrés à l’Irak tant que nos droits seront reconnus.

« Entre la restauration et la révolution »

Between Restoration And Revolution
Washington Post (États-Unis)

[AUTEUR] Mickael Mac Faul est professeur de sciences politiques à l’université de Stanford, membre de la Carnegie Endowment for International Peace et de la National Endowment for Democracy. Cette dernière fondation a été créée par le président Reagan et a pour vocation de soutenir les groupes sur lesquels la CIA pourra s’appuyer pour réaliser des coups d’État dans les pays étrangers. Il est également consultant auprès de nombreuses compagnies et agences gouvernementales américaines.

[RESUME] S’il est toujours enthousiasmant de voir tomber une dictature, la construction d’un nouveau système politique ne va pas pour autant de soi. L’établissement d’un nouvel ordre est toujours dangereux quand, comme c’est le cas en Irak, des mouvements et des idéologies extrémistes viennent s’ajouter à l’équation.
Fort heureusement, les exemples historiques ne manquent pas pour analyser la situation et se préparer à ce qui peut arriver :
- Une vacance du pouvoir de l’État et des services publics, ce qui entraîne l’anarchie.
- Les populations libérées sont impatientes et veulent une amélioration immédiate de la situation.
- La Coalition qui s’opposait au dictateur se dissout car elle perd ce qui la rassemblait.
La combinaison de ces trois éléments se trouve en Irak et offre deux possibilités :
- La restauration : la population ne veut plus du désordre et réclame un pouvoir similaire à celui qui a été renversé.
- La révolution menée par des extrémistes s’appuyant sur le mécontentement provoqué dans la population par les mesures impopulaires que doit prendre le gouvernement par intérim.
Il existe heureusement une troisième possibilité, libérale et démocratique, mais elle demandera du temps et une longue implication des États-Unis en Irak.

« Les incertitudes sur la marche en avant de l’OTAN alors qu’arrivent de nouveau membres »

Nato’s way forward uncertain as it takes on new members
The Times (Royaume-Uni)

[AUTEUR] Le Général Wesley Clark a été commandant suprême des forces de l’OTAN en Europe (1997-2000). À ce titre, il a dirigé les troupes de l’alliance pendant la guerre du Kosovo. Il songe aujourd’hui à porter les couleurs démocrates lors de la prochaine élection présidentielle.

[RESUME] Alors que sept nouveaux pays ont été invités à rejoindre l’OTAN, beaucoup aux États-Unis et ailleurs s’interrogent sur l’utilité de l’alliance aujourd’hui.
Les néo-conservateurs ont un grand poids à Washington. Ils ont vu la chute de l’URSS comme une opportunité de s’assurer que les États-Unis ne seront plus jamais concurrencés. Cet objectif passe par le nettoyage du Moyen-Orient. Un groupe d’États arabes et islamistes, qui possèdent des armes de destruction massive, soutient le terrorisme et utilise le pétrole comme une arme contre les États-Unis. Le 11 septembre a rendu cet objectif réalisable et pour eux, Saddam Hussein n’est que la première étape. Pour eux, l’OTAN permet de stabiliser l’Europe pendant que les États-Unis agissent ailleurs, mais ils n’acceptent pas que l’Amérique soit considérée comme l’égal des autres dans la structure.
De l’autre côté, certains gouvernements européens, dont celui de la France, estiment que l’OTAN est un outil de domination états-unien qui n’a plus lieu d’exister depuis la chute de l’URSS.
Enfin, il y a les atlantistes européens et états-uniens qui voient l’OTAN comme une institution permettant la collaboration transatlantique et la démocratisation de l’Europe de l’Est. L’OTAN n’étant que la somme de ses membres, il faut que les États-Unis et la France acceptent de changer d’attitude et de se retrouver pour que l’alliance ait encore un sens.