« La justice serait perdante si Saddam était jugé »

Justice would be the loser if Saddam were put in the dock
Daily Telegraph (Royaume-Uni)

[AUTEUR] George Jonas est écrivain, éditorialiste sur les questions de sécurité pour le National Post et expert au cabinet de relation publique Benador Associates.

[RESUME] Si Saddam Hussein est arrêté, beaucoup voudront qu’il soit jugé par la Cour criminelle internationale (CCI). Je pense pour ma part que, dans l’ordre de mes préférences, il faudrait :
- L’abattre.
- Le laisser fuir et laisser son sort entre les mains de Dieu.
- Le Juger devant un tribunal de la Coalition.
- Le juger devant la CCI.
Je respecte la Justice. C’est pourquoi je préfère abattre Saddam Hussein, ce que Churchill voulait faire avec les dirigeants nazis, plutôt que de dénaturer le terme de justice en mettant Saddam Hussein devant un tribunal fantoche pour le condamner. Depuis le début, je considère la CCI avec beaucoup de méfiance car personne ne devrait être jugé devant un tribunal politique. Le CCI a pour ancêtre le tribunal de Nuremberg et, même si personne ne méritait d’être plus condamné que les nazis, il s’agissait d’un tribunal des vainqueurs qui a oublié les crimes des soviétiques.
La CCI n’est plus un tribunal des vainqueurs, mais il est soutenu par une coalition de groupes d’intérêts aux objectifs différents. Ainsi l’un de ces groupes, en Argentine, veut faire condamner Lady Thatcher et un autre groupe en Serbie veut faire condamner les dirigeants de l’OTAN. Cette justice des perdants ne mérite pas plus de s’appeler justice que celle des vainqueurs et il ne faut pas légitimer la CCI en y envoyant Saddam Hussein.

« Un saccage indigne »

Un saccage indigne
Le Figaro (France).
Également disponible sur le Fil diplomatique du Réseau Voltaire.

[AUTEUR] Jean-Jacques Aillagon est ministre de la Culture et de la Communication

[RESUME] Dès le 24 mars, j’avais écrit au directeur général de l’UNESCO et à chacun de mes collègues dans l’Union européenne pour leur faire part de mon souhait de voir les trésors culturels irakiens préservés.
La guerre a produit son cortège de morts et de blessés, de ruine et de dévastation et ouvre un avenir incertain au peuple irakien. Fallait-il aussi qu’elle les prive de leur passé ? Il est difficile d’admettre qu’avec tous ses moyens, la Coalition n’ait pas anticipé et empêché les saccages qui viennent de se produire. Pour les Américains et les Anglais, sauver ces trésors en partenariat avec la communauté internationale sera un signe de leur volonté de conduire l’Irak vers la liberté bien plus fort que la protection des puits de pétrole. Je ne soupçonne pas la Coalition d’avoir voulu détruire ce patrimoine pour affirmer sa victoire, mais elle aurait pu faire plus pour se démarquer de ceux qui ont incendié la bibliothèque de Sarajevo, il y a 12 ans.
Je ne peux que m’associer aux efforts de l’UNESCO et mettre à sa disposition les ressources de mon ministère pour la sauvegarde du patrimoine irakien.

« Un travail pour l’UNESCO »

A Job for Unesco
New York Times (États-Unis)

[AUTEUR] William J. vanden Heuvel est ancien vice-représentant permanent des États-Unis à l’ONU.

[RESUME] Pour réparer les dommages subis par les sites historiques irakiens, Kofi Annan devrait accorder à l’UNESCO la responsabilité temporaire sur les sites et créer un fond international pour gérer la crise.
Il faut également envoyer dès que possible des experts en restauration artistique accorder l’immunité à ceux qui ramèneront les pièces volées. Et même leur accorder une récompense et déclarer comme nulle l’acquisition des objets dérobés par des particuliers. Les États-Unis ont le devoir de mener cette action, de demander à l’ONU de s’impliquer et de reconnaître sa responsabilité en tant que puissance occupante.

« Une armée pour l’art »

An Army for Art
http://www.nytimes.com/ (États-Unis)

[AUTEURS] Constance Lowenthal est consultante sur les questions liées au marché de l’art. Stephen Urice est professeur à la Woodrow Wilson School of Public and International Affairs de l’Université de Princeton.

[RESUME] Le pillage du musée national de Bagdad était prévisible. Les forces britanno-états-unienne, qui s’étaient efforcées de ne pas bombarder les musées et les sites archéologiques sont à blâmer pour cela.
En 1943, les États-Unis et leurs alliés avait constitué un corps d’armée chargé de préserver les sites culturels, puis de rapatrier les œuvres d’art volées par les Nazis. Le département de la Défense devrait reconstituer ce corps d’armée et une telle structure permettrait aux États-Unis de réparer leur réputation concernant le respect de la propriété culturelle en temps de guerre.

« L’alliance de Blair avec Bush est une erreur stratégique dommageable »

Blair’s alliance with Bush is a damaging strategic error
The Guardian (Royaume-Uni)

[AUTEUR] Robin Cook est ministre travailliste démissionnaire des relations avec le Parlement britannique.

[RESUME] En 1997, le Parti travailliste avait pour ambition de former avec la France et l’Allemagne, un triangle diplomatique qui mènerait l’Europe mais, depuis la crise irakienne, le Royaume-Uni est à nouveau isolé. Nous sommes désormais perçus comme des alliés de l’impérialisme partout dans le monde, et tout particulièrement dans le monde musulman. Notre capacité à dialoguer avec le monde arabe a donc été particulièrement atteinte et elle ne peut être restaurée que si les États-Unis se retirent vite d’Irak et si Israël quitte les territoires palestiniens, cela revient à dire que depuis notre entrée dans la Coalition, cette question n’est plus entre nos mains.
Tony Blair a voulu revenir au degré de coopération avec les États-Unis de l’époque Reagan-Thatcher. Cela avait été possible avec Clinton, mais il ne fallait pas poursuivre cette politique avec les néo-conservateurs de l’administration Bush. Blair est désormais isolé des autres mouvements de gauche en Europe et se retrouve avec Silvio Berlusconi comme partenaire. En outre, Le Royaume-Uni n’a rien obtenu du partenariat avec les Etats-Unis. Tous les dossiers internationaux que Londres soutenait, mais qui était bloqués par Washington, le sont restés. Il est toutefois possible que le Premier ministre ait enfin retenu la leçon car il ne semble pas vouloir attaquer la Syrie.
Remettre en cause le partenariat avec les États-Unis, ce n’est pas faire preuve d’antiaméricanisme. Il faut se souvenir que l’Amérique, ce n’est pas que George W. Bush, c’est aussi Woody Allen, Michael Moore et Martin Sheen. Il ne faut pas que Bush puisse se servir du soutien britannique dans sa campagne de l’année prochaine et l’intérêt du Royaume-Uni se trouve dans une victoire Démocrate.

« Pourquoi la Syrie est la nouvelle cible »

Why Syria is America’s new target
The Guardian (Royaume-Uni)

[AUTEUR] Sir Andrew Green a été ambassadeur britannique en Syrie (1991-94) et en Arabie saoudite (1996-2000).

[RESUME] Le monde a été surpris du soudain assaut verbal contre Damas. Certains affirment que la Maison Blanche aurait demandé au département de la Défense états-unien de préparer des plans d’attaque. Tony Blair a bien déclaré devant la Chambre des communes que ce plan n’existait pas, mais cela rappelle trop ce qu’il avait dit à l’automne concernant l’Irak.
Les accusations contre la Syrie ne sont pas renversantes :
- Damas abriterait des dirigeants irakiens en fuite. C’est possible car elle avait affiché son hostilité à la guerre et qu’elle a une frontière de 400 miles avec l’Irak qu’elle ne peut pas surveiller entièrement.
- La Syrie aurait des armes chimiques. Ce n’est pas une surprise et c’est aussi le cas de l’Algérie, de l’Égypte, de l’Iran et d’Israël. En outre, Bashar El-Assad n’est pas fou et il ne les utilisera jamais le premier car il sait que la riposte nucléaire israélienne serait immédiate.
- La Syrie serait un État voyou qui hébergerait des terroristes. En fait, le soutien aux terroristes n’est qu’un moyen de pression contre Israël pour récupérer le Golan. C’est le style de diplomatie du Moyen-Orient et c’est un peu court pour justifier de l’appellation " État voyou ".
En réalité, les États-Unis craignent surtout que l’hostilité syrienne ne les empêche de stabiliser l’Irak, actuellement livré au chaos. La tâche de la coalition s’annonce encore très difficile dans l’avenir et si la Syrie laisse transiter des volontaires arabes armés par son territoire en direction de l’Irak, la situation va devenir impossible.
Les Arabes pensent pour leur part, et ils n’ont peut-être pas tout à fait tort, que les membres de l’administration Bush proches du Likoud veulent supprimer le dernier adversaire stratégique d’Israël. Toutefois, la Syrie n’est pas facile à intimider et ce type de politique risque d’augmenter la frustration des Arabes et de développer le terrorisme.

« Un dommage collatéral à Cuba »

Collateral Damage in Cuba
Washington Post (États-Unis)

[AUTEUR] Marcelo Lopez Bañobre a été arrêté le 25 mars et condamné à 15 ans de prison. Il est l’une des 75 personnes qui ont été arrêtées et condamnées à des peines dépassant parfois les 19 ans de prison. Cet article a été écrit avant son arrestation.

[RESUME] Le régime cubain a condamné la guerre en Irak et soutient les mouvements anti-guerre dans le monde, surtout aux États-Unis. Toutefois, les Cubains voient aussi dans cette guerre un moyen de renverser Saddam Hussein. La guerre qui a lieu ne nous sert pourtant pas car le régime cubain a profité de la diversion en Irak pour s’attaquer à la société civile, aux mouvements de défense des Droits de l’homme et à son opposition interne.
De très nombreuses personnes ont été arrêtées en vertu de la loi 88, qui menace de 20 ans de prison toute personne soutenant l’embargo alors même que les mouvements des Droits de l’homme le condamnent. La Commission cubaine des Droits de l’homme et de la réconciliation nationale que je préside tente de faire la liste des personnes emprisonnées, mais elle est très difficile à établir car les gens ont peur et n’osent pas parler. En outre, nous craignons de ne pas pouvoir compter sur l’appui de l’opinion publique mondiale tant elle est absorbée par la guerre.