En reliant à tort le changement de comportement de la Libye et la guerre en Irak, le président George W. Bush a mal présenté les enseignements à tirer du cas libyen. Cette confusion sape nos chances d’obtenir de pays comme l’Iran ou la Syrie qu’ils suivent l’exemple libyen.
En réalité, l’abandon des armes de destruction massive par la Libye tire ses racines dans la première année du mandat de l’administration Bush et avait déjà ses fondations lors du second mandat de Bill Clinton. À cette époque, la Libye avait pris contact avec Washington par l’intermédiaire de l’ambassadeur saoudien aux États-Unis, le prince Bandar bin Sultan. Les États-Unis avaient accepté la suspension des sanctions de l’ONU contre la Libye suite à l’extradition de deux officiers de renseignement libyens dans le cadre du procès de Lockerbie, en 1999.
Au printemps 2001, j’étais membre du département d’État, quand les gouvernements britannique et états-unien proposèrent à Tripoli d’annuler définitivement les sanctions onusiennes en échange d’un accord de compensation avec les familles des victimes de l’attentat. Pendant les deux années de négociation qui suivirent, Washington resta ferme sur le fait que les sanctions économiques des États-Unis contre la Libye se poursuivraient tant que Tripoli ne renoncerait pas à ses armes de destruction massive. Les discussions sur cette question ont commencé au printemps dernier, soit avant la Guerre d’Irak et à la suite d’un processus diplomatique de plusieurs années qui avait convaincu les Libyens de travailler avec nous.
Nous aurions dû agir de la même façon avec la Syrie et l’Iran après le 11 septembre car il était évident que ces pays étaient désireux de renouer des relations avec les États-Unis si nous leur avions proposé des bénéfices concrets à la discussion. En fait, ce qui a permis de négocier avec la Libye c’est que ces négociations ont été prises en charge par une coalition excluant les néo-conservateurs, soit le département d’État (à l’exception des services de John Bolton) et Condoleezza Rice.

Source
New York Times (États-Unis)
Le New York Times ambitionne d’être le premier quotidien global au travers de ses éditions étrangères.

« Why Libya Gave Up on the Bomb », par Flynt Leverett, New York Times, 23 janvier 2004.