Le prisonnier a été arrêté au milieu de la nuit, il y a 19 mois, envoyé dans un lieu secret et on n’a plus entendu parler de lui depuis. Les interrogateurs ont utilisé sur lui différentes méthodes, notamment en le plongeant dans l’eau sans qu’il sache s’il allait remonter. Ses fils de sept et neuf ans ont été pris aussi pour le pousser à parler. Il n’est pas question ici de méthodes de l’armée du Guatemala ou des paramilitaires colombiens, mais de la CIA.
Khalid Sheikh Mohammed (KSM) est l’un de ces détenus disparus. Après le 11 septembre, l’administration Bush a violé les normes légales de base concernant le traitement des prisonniers. Pour ce que nous en savons, les prisonniers suspectés de terrorisme, parfois sans preuve, ont été maltraités, humiliés et torturés, mais rien ne vient autant miner les fondations du droit états-unien et international que la détention dans un lieu secret et inconnu. Ces « disparitions » n’ont peut-être pas le même sens que lors des « sales guerres » d’Amérique latine, mais garder des détenus au secret apparaît comme l’une des tactiques centrales de la guerre au terrorisme.
D’après le rapport Schlesinger, depuis 2002, la CIA a le droit « d’opérer suivant des règles différentes ». Certains détenus, dont KSM, ont été torturés [1]. Dans tous les cas, on ignore où ces pratiques sont menées et cela interdit tout accès aux prisons par le Comité international de la Croix rouge (CICR). Certes, ceux qui subissent ces traitements ne sont pas des gens bien, mais ces traitements entraînent une mobilisation contre les États-Unis, poussent nos adversaires à utiliser les mêmes méthodes et sapent les principes démocratiques.

Source
International Herald Tribune (France)
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« Prisoners who disappear », par Reed Brody, International Herald Tribune, 12 septembre 2004.

[1] Pour mémoire, voici ce que préconisait Jack Wheeler au moment de l’arrestation de Khalid Sheikh Mohammed : « Voilà ce qu’il faut faire », Washington Times,5 mars 2003