« Une alliance diabolique »

Unholy Alliance
Front Page (États-Unis)

[AUTEUR] J. Michael Waller est vice-président du Center for Security Policy, le think tank qui rassemble les principaux « faucons » états-uniens. La dernière investigation du Réseau Voltaire lui est consacrée : « Le Centre pour la politique de sécurité : les marionnettistes de Washington ». Il est également rédacteur exécutif de la revue russe Demokratizatisiya.

[RESUME] La convergence de la gauche radicale et de l’islam radical continue. Ceux qui défendaient hier les assassinats de musulmans par Milosevic sont aujourd’hui aux côtés des musulmans états-uniens. Les défenseurs de tueurs de flics comme Léonard Peltier ou Mumia Abu Jamal sont aux côtés des partisans du Hamas, du Hezbollah et du Jihad Islamique.
Ce week-end, les mouvements gauchistes, qui ont profité de la marche pour souhaiter bon anniversaire à Kim Jong Il, ont manifesté avec des petits groupes musulmans qui prétendent être l’incarnation de tous les musulmans des États-Unis. Ils veulent empêcher Bush de désarmer Saddam Hussein et de libérer l’Irak.
Beaucoup de groupes musulmans ont rejoint les gauchistes de l’ANSWER. L’un d’eux, l’American Muslim Council (AMC) présente la Première guerre du Golfe comme « une guerre contre le peuple d’Irak » et place des images de Malcolm X sur son site. Il est membre actif, de son propre aveu, du National Committee to Protect Political Freedom, groupe fondé dans les années 60 pour aider légalement et financièrement des groupes terroristes staliniens et islamistes dans le monde. Le fondateur de l’AMC soutient ouvertement le Hamas et le Hezbollah et son ancien directeur exécutif a figuré deux fois dans la liste des dix personnes les plus recherchées par le FBI.
Après avoir affirmé qu’il n’avait plus de rapport avec eux, et avait tourné la page l’AMC accueille maintenant dans ses réceptions les plus hauts responsables de Washington, tel Robert Mueller le directeur du FBI. Cela n’empêche pas l’actuel directeur exécutif de l’AMC, Eric Ervan Vickers de refuser de dénoncer les groupes terroristes nominalement dans ses interviews et d’affirmer qu’Al Qaïda était un « mouvement de résistance ».
Vickers est donc clairement aux côtés des terroristes et, d’ailleurs, il a envoyé une lettre à l’ONU dans laquelle il dénonce le traitement réservé aux musulmans aux États-Unis et le décompte des mosquées et des musulmans par le FBI dans notre pays. Il est urgent qu’une association représentant vraiment les musulmans américains se crée à un moment où le président Bush a besoin de leur soutien dans la guerre au terrorisme.

« Irak : pour une initiative franco-américaine »

Irak : pour une initiative franco-américaine
Le Figaro (France)

[AUTEURS] Doug Bereuter est président de la sous-commission aux affaires européennes de la Chambre des représentants des États-Unis et président de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN. Pierre Lellouche est député (UMP) de Paris, membre de la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale et vice-président de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN.

[RESUME] Trois mois après avoir unanimement approuvé la résolution 1441 du Conseil de sécurité de l’ONU, les démocraties occidentales sont aujourd’hui divisées sur la question irakienne. Pourtant, elles sont d’accord sur le fond : Saddam Hussein est une menace, il possède des armes de destruction massive depuis 1998 et il doit être désarmé.
Washington est convaincu, non sans raisons, que Saddam Hussein n’a cessé de tricher depuis douze ans avec la communauté internationale et que dans ces conditions un renforcement des inspections ne sert à rien. L’Irak cherche surtout à gagner du temps pour éviter d’être attaqué avant la fin de la période climatique propice.
Paris estime, non sans raisons, qu’une telle guerre aurait des conséquences graves pour la stabilité du Proche-Orient et provoquerait une augmentation du terrorisme. La France veut donc que la guerre ne soit que le dernier recours et que les inspections soient renforcées.
Il s’agit là de deux positions légitimes qui méritent débat et non les invectives qui ont fleuri des deux côtés de l’Atlantique. Au contraire, les démocraties doivent être unies pour faire face à la menace terroriste et à la prolifération des armes de destruction massive. La résolution pacifique est ce que nous voulons tous, mais cette guerre pourrait s’avérer nécessaire.
Nous devons tout d’abord atténuer les tensions, comme nous avons réussi à le faire à l’OTAN et au sein de l’Union Européenne. Il faut nous appuyer sur le rapport d’Hans Blix qui précise que le désarmement de l’Irak peut être réalisé en peu de temps si Bagdad collabore. Il faut donc adopter une nouvelle résolution qui donne à Bagdad un délai de quinze jours pour collaborer sur les points soulevés par les inspecteurs et se conformer à la résolution 1441. Ces deux semaines doivent être celle de la dernière chance pour Saddam Hussein et en absence de preuve de la destruction de ses armes, le Conseil de sécurité devra agir pour restaurer la crédibilité de l’ONU et de l’OTAN.

« Une dernière chance d’arrêter l’Irak »

A Last Chance to Stop Iraq
New York Times (États-Unis)

[AUTEUR] Kenneth M. Pollack est membre du Center for Foreign Policy Studies de la Brooking Institution et du Council on Foreign Relations. Il est ancien membre du National Security Council et ancien analyste militaire spécialisé sur les question iranienne et irakienne à la CIA (1988-1995).

[RESUME] Alors que les États-Unis sont sur le point de proposer une nouvelle résolution, les opposants à la guerre vont encore faire valoir les mérites de la politique d’endiguement contre l’Irak bien qu’ils soient contredits par douze ans, voire trente ans, d’histoire irakienne.
En effet, il a toujours été difficile de faire des prévisions concernant l’avancée du programme nucléaire irakien. Les services de renseignements occidentaux et l’International Atomic Energy Agency (IAEA) se sont régulièrement trompés en sous-estimant les capacités irakiennes et en surestimant les avancées des inspections.
Si Saddam Hussein détenait l’arme atomique, son pays se comporterait en super-puissance régionale et menacerait Israël et les États-Unis. La crainte d’une riposte avait empêché Bagdad de se servir de ses armes chimiques en 1991, mais Saddam Hussein avait quand même détruit les installations pétrolières koweïtiennes. Il avait aussi essayé d’envoyer des groupes terroristes aux États-Unis bien que Tareq Aziz ait été prévenu que cela exposait son pays à de graves conséquences. La menace ne fonctionne pas contre Saddam Hussein car il n’est pas rationnel. Il a attaqué le Koweït en sachant qu’il y aurait une réaction états-unienne. Deux ans plus tard il a essayé de faire assassiner l’émir du Koweït et l’ancien président Bush. En octobre 2000, Saddam a sans doute voulu attaquer Israël en passant par le Golan avec la complicité syrienne. D’après les transfuges irakiens, Saddam Hussein croit même que c’est lui qui peut endiguer les États-Unis s’il possède l’arme atomique.
L’Irak est le premier pays auquel sont confrontés les États-Unis qui voit cette arme comme une arme offensive et non défensive. Saddam Hussein est dangereux car il mène une politique suicidaire. Il croit toujours qu’il va s’en sortir. Il faut donc choisir entre faire la guerre maintenant ou faire une guerre plus meurtrière plus tard.

« Une guerre pétrolière pour rien ? »

Une guerre pétrolière pour rien ?
Le Monde (France)

[AUTEUR] Sadek Boussena est ancien ministre algérien de l’Énergie et ancien président de l’OPEP. Il est professeur associé à l’Université Pierre-Mendès-France de Grenoble, conseiller spécial pour l’énergie auprès de la Société Générale.

[RESUME] Malgré les efforts de « diplomatie publique » américains, il sera difficile de convaincre l’opinion publique internationale que le démantèlement des armes de destruction massive n’est pas un prétexte pour « voler » le pétrole irakien. Certes, il n’y a pas que cette raison-là, mais il s’agit d’un élément déterminant pour expliquer la volonté des États-Unis de remodeler la carte du Proche-Orient.
Le pétrole fait partie des « intérêts vitaux » des États-Unis et la politique pétrolière états-unienne est plus ancienne que l’administration Bush. Elle lui survivra. La politique pétrolière de Washington a toujours consisté à sécuriser les sources d’approvisionnement, procéder à une redistribution des domaines pétroliers au profit des compagnies américaines et être en mesure d’influer sur les cours pétroliers.
La demande de pétrole va fortement augmenter dans les prochaines années et le pétrole en provenance des pays de l’OPEP va être extrêmement sollicité. C’est pourquoi, les États-Unis espèrent que leur contrôle de l’Irak leur permettra d’affaiblir cette organisation et libéralisera le marché pétrolier. L’équipe Bush a porté son choix sur l’Irak car ce pays avait le bon profil pour réaliser cet objectif et que le contexte post-11 septembre lui en donnait la possibilité. Après la crise, les Américains veulent que l’Irak s’oppose à l’OPEP, voire sorte de cette organisation et provoque une augmentation de la production mondiale.
Toutefois, il n’y a aucune raison que cette politique simpliste et volontariste soit un succès et que l’Irak se comporte autrement que les autres pays arabes. Les dirigeants irakiens ne seront pas forcément des partenaires passifs.
Certains pensent que les États-Unis vont également morceler le Proche-Orient en petits États sans pouvoirs, thèse contestable mais qui n’est pas à exclure. Les États-Unis feraient mieux d’utiliser leur puissance pour favoriser la paix dans la région, surtout entre Israéliens et Palestiniens. Cette politique est beaucoup plus sûre et profitable pour les États-Unis et leur approvisionnement pétrolier que la politique actuelle dont ni le pays, ni le Parti républicain, ne tirera avantage finalement.

« Les faucons veulent désespérément des butins de guerre »

Hawks desperately seeking spoils of war
Gulf News (Dubaï)

[AUTEUR] Patrick Seale est un analyste et auteur réputé sur le Proche-Orient. Il a notamment publié des ouvrages sur l’histoire contemporaine de la Syrie et une biographie d’Abu Nidal.

[RESUME] Les faucons états-uniens recherchent un prétexte pour faire la guerre. Ils espèrent en trouver un dans les deux ou trois semaines avec leurs alliés israéliens pour pouvoir attaquer au début du mois de mars, période de pleine lune rendant les raids aériens plus aisés. Ils en ont assez de l’obstruction du Conseil de sécurité et voient désormais Jacques Chirac comme leur principal adversaire.
Pour arriver à leurs fins, ils ont plusieurs possibilités. Il est question de transfuges irakiens qui feraient des révélations fracassantes, de l’infiltration d’un agent chez les inspecteurs d’Hans Blix qui « trouverait » des preuves ou d’un attentat que l’on pourrait imputer à l’Irak. Le quotidien britannique The Independent a affirmé quant à lui que le prétexte pourrait être l’arraisonnage par les forces anglo-américaines d’un bateau qui contiendrait des armes « irakiennes ».
Pour les faucons, cette attaque de l’Irak est très importante car elle est le premier pas vers un re-découpage des frontières du Proche-Orient au profit des États-Unis et d’Israël. Ils regrettent que Bush ait accepté de passer par l’ONU et considèrent qu’ils sont tombés dans un piège avec les inspections. Ils comprennent cependant que Tony Blair a besoin d’une résolution pour faire accepter la guerre à son parti et à l’opinion publique britannique et ils ont besoin de la participation du Royaume-Uni. C’est pourquoi la diplomatie états-unienne va être très occupée ces prochaines semaines car en plus du prétexte à trouver ils vont devoir :
- Convaincre une majorité de pays au Conseil de sécurité de l’ONU. Les pays en faveur de la guerre (États-Unis, Royaume-Uni, Espagne et Bulgarie) s’opposent au fort front anti-guerre (France, Allemagne, Chine, Russie et Syrie) pour convaincre les derniers pays indécis (Mexique, Pakistan, Chili, Angola, Guinée et Cameroun) de rejoindre leur camp. Ces six pays subissent de très fortes pressions de Washington.
- Empêcher Jacques Chirac d’utiliser son veto en affaiblissant la position franco-allemande en retournant la Russie à leur profit. Il semble que des négociations pétrolières avec Poutine aient déjà commencé.
- Pousser Hans Blix à procéder immédiatement à une série d’actions en Irak et profiter de la moindre hésitation irakienne pour attaquer.
Avant même que la guerre ait commencé, celle-ci a déjà coûté énormément aux États-Unis d’un point de vue financier et de leurs alliances traditionnelles. Pour les Arabes, de leur côté, c’est la question de l’indépendance vis-à-vis des États-Unis et d’Israël qui est en jeu. En Europe, c’est la question de la domination de l’Union Européenne. Est-ce le couple franco-allemand ou l’alliance anglo-américaine qui la dirige ? C’est cette question, en plus de la crainte d’une guerre des civilisations, qui motive la position de Jacques Chirac.
En attendant la réponse à ces questions, le monde retient son souffle, mais une chose est sûre, plus les faucons seront frustrés, plus ils seront dangereux.

« Cette fois-ci, prenez soin des réfugiés »

This time, take care of the refugees
International Herald Tribune (États-Unis)

[AUTEUR] Sadako Ogata est l’ancienne Haute Commissaire des Nations Unies aux réfugiés.

[RESUME] En 1991, après la guerre, les rébellions en Irak et leurs répressions, 450 000 Kurdes partirent vers la Turquie, 1,3 million vers l’Iran et 70 000 Chiites vers le Sud de leur pays. C’est moi qui ai géré, à l’époque, cet afflux de réfugiés dans les pays voisins. Je m’étais rendue en Iran, qui accueillait déjà deux millions de réfugiés afghans et irakiens de la guerre Iran-Irak. Nous avons fait de notre mieux pour aider l’Iran, mais c’est en Turquie que nous avons eu le plus de problèmes avec le refus d’Ankara d’ouvrir ses frontières aux réfugiés, suite à des troubles dans le Kurdistan turc.
A l’époque, les gouvernement occidentaux refusèrent de faire pression sur la Turquie pour qu’elle ouvre ses frontière de peur qu’Ankara ne ferme ses bases de l’OTAN. Finalement, il fut décidé de créer une zone de sécurité pour inciter les Kurdes à rentrer chez eux où ils furent accompagnés par une faible force de 500 casques bleus. Je n’ai pas eu de confirmation, cependant, concernant leur sécurité et depuis l’image de ces réfugiés me hante.
Il faut à tout prix éviter qu’une nouvelle horreur se reproduise. Si le monde décide de faire la guerre en Irak, il doit penser aux conséquences pour les réfugiés.