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Je vous écris dans le prolongement de mes lettres datées des 1er, 6, 13 et 26 août, 16 septembre, 31 octobre et 12 décembre 2019 et des 9 mars et 10 avril 2020 concernant la grave situation qui sévit dans le Jammu-et-Cachemire occupé par l’Inde, marquée par des violations flagrantes et systématiques des droits humains et une aggravation de la menace pesant sur la paix et la sécurité.

Comme signalé par mon gouvernement à plusieurs reprises, les dirigeants actuels de l’Inde font tout pour perpétuer l’occupation illégale du Jammu-et-Cachemire en écrasant brutalement les aspirations de son peuple à l’exercice de ses droits fondamentaux, en particulier le droit à l’autodétermination, tel qu’il est consacré dans les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité.

Le Pakistan a aussi essayé de faire comprendre à la communauté internationale que derrière ses actions illégales et unilatérales du 5 août 2019, l’Inde avait l’intention secrète de modifier la structure démographique du Jammu-et-Cachemire occupé par l’Inde et de priver le peuple cachemiri de tout moyen d’agir et de ses droits. Les derniers pas qu’elle a accomplis dans cette direction sont le décret de 2020 sur la réorganisation du Jammu-et-Cachemire (Adaptation des lois étatiques) et les Règles de 2020 (Procédure) concernant l’octroi d’un certificat de résidence au Jammu-et-Cachemire. Le Pakistan n’a cessé de souligner que les mesures visant à modifier la structure démographique du Jammu-et-Cachemire occupé sont illégales et constituent une violation des résolutions du Conseil de sécurité et du droit international, en particulier de la quatrième Convention de Genève.

L’Inde a impitoyablement profité de la crise de la maladie à coronavirus (COVID-19) pour intensifier sa répression militaire et faire progresser son occupation illégale du Jammu-et-Cachemire. Elle a refusé de répondre aux appels du Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies et de la Haute-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme et de libérer certains prisonniers, notamment des prisonniers politiques, étant donné le danger qu’ils courent dans les centres de détention surpeuplés, et, en violation de toutes les normes humanitaires, elle a multiplié les arrestations et les détentions arbitraires en vertu de ses lois draconiennes soi-disant motivées par l’urgence.

Les forces d’occupation indiennes opèrent avec leur brutalité coutumière et en toute impunité : exécutions extrajudiciaires lors de soi-disant « accrochages » et d’opérations de « bouclage et de fouille » et utilisation sans discernement d’armes à plomb et de munitions réelles contre des manifestants pacifiques non armés. Rien qu’en avril 2020, les forces d’occupation indiennes ont tué 33 Cachemiris, en ont blessé 152 et en ont arrêté arbitrairement 945. Autre exemple d’inhumanité, les forces d’occupation indiennes ont refusé de restituer à leurs familles les dépouilles mortelles des Cachemiris qui ont perdu la vie dans des assassinats politiques pour qu’elles puissent leur donner une sépulture décente. Dans le même temps, une punition collective est durement infligée à la population, dont les maisons sont brûlées à la suite de soi-disant « accrochages » montés de toutes pièces. Les actions de l’Inde ne sont rien d’autre que du terrorisme d’État, et de la pire forme qui soit.

La résistance cachemirie à laquelle l’Inde fait face est la conséquence directe de l’oppression des Cachemiris et des brutalités qu’ils ont subies pendant des décennies. Pourtant, et de manière assez prévisible, l’Inde cherche à travestir la réalité de la lutte populaire et autochtone du peuple cachemiri, en la qualifiant de « terrorisme » et en rejetant la faute sur le Pakistan.

Dans le cadre de cette tentative de travestissement et faisant fi des appels au cessez-le-feu mondial lancés par le Secrétaire général, l’Inde a encore intensifié ses violations du cessez-le-feu le long de la Ligne de contrôle au Jammu-et-Cachemire et de la Ligne de démarcation provisoire. Depuis le 1er janvier 2020, l’Inde a commis plus de 1 101 violations non provoquées du cessez-le-feu, au mépris de l’accord qu’elle a conclu en 2003 avec le Pakistan. Elle a délibérément pris pour cible des civils innocents du côté pakistanais de la Ligne de contrôle, faisant 7 morts et 86 blessés, des hommes, des femmes et des enfants innocents.

Dans une autre tentative avortée de faire porter au Pakistan la responsabilité de la résistance autochtone cachemirie, l’Inde a prétendu que son artillerie avait ciblé des « rampes de lancement » d’« infiltrés » du côté pakistanais de la Ligne de contrôle. Tout en rejetant fermement ces allégations infondées, le Pakistan a proposé que l’Inde communique l’emplacement de ces soi-disant « rampes de lancement » au Groupe d’observateurs militaires des Nations Unies dans l’Inde et le Pakistan (UNMOGIP), pour que les observateurs puissent ensuite être conduits aux endroits indiqués et vérifier si les affirmations de l’Inde étaient ou non fondées. L’Inde n’a fourni aucune information de ce type à l’UNMOGIP. De son côté, le Pakistan maintient son offre s’agissant des observateurs et il est toujours prêt à travailler au renforcement des capacités de l’UNMOGIP.

Il est d’autant plus malhonnête de la part de l’Inde d’essayer de prétendre que des « infiltrés » sont à l’origine de la résistance cachemirie que les soi-disant accrochages entre les forces d’occupation indiennes et les Cachemiris ont eu lieu bien à l’intérieur des terres du Cachemire occupé où les forces d’occupation indiennes ont établi de multiples niveaux de sécurité. Le but poursuivi par l’Inde dans le cadre de cette campagne est limpide : il s’agit de trouver un prétexte pour lancer une opération sous « faux drapeau », comme le Pakistan a déjà mis en garde la communauté internationale.

Le Pakistan a su faire preuve de la plus grande retenue, malgré la rhétorique belligérante des dirigeants militaires et politiques indiens et leurs actions sur le terrain qui sont autant de marques d’agressivité. Le Pakistan ne veut pas d’un autre conflit. Toutefois, il entend réagir avec force et efficacité et se défendre résolument contre tout acte d’agression et il a les moyens de le faire.

Compte tenu de l’aggravation de la situation dans le Jammu-et-Cachemire occupé par l’Inde et de la menace qu’elle fait peser sur la paix et la sécurité en Asie du Sud, la communauté internationale, en particulier les Nations Unies, doit prendre des mesures immédiates pour empêcher l’Inde de commettre des crimes graves contre la population cachemirie, qu’il s’agisse des exécutions extrajudiciaires auxquelles elle se livre lors de ces soi-disant « accrochages » et de ses opérations de « bouclage et de fouille » sans aucune raison d’être ; de son recours à des armes à plomb et à des munitions réelles contre des manifestants pacifiques ; de ses tentatives pour priver les Cachemiris de tout moyen d’agir et de leurs droits en faisant évoluer la structure démographique ; des placements en détention et des incarcérations auxquels elle procède de manière arbitraire ; des incendies des maisons des Cachemiris et de leur pillage en manière de châtiment collectif ; ou encore de la répression militaire et des restrictions sans précédent qu’elle abat sur la population.

Je tiens à souligner que c’est au Conseil de sécurité qu’incombe en premier lieu la responsabilité du maintien de la paix et de la sécurité internationales en vertu de la Charte des Nations Unies. Il est à espérer que le Conseil de sécurité assumera cette responsabilité en ce qui concerne la situation volatile qui règne en Asie du Sud, conformément à son mandat et à ses obligations envers la communauté internationale.

Source : Onu S/2020/432